[Focus Karayib] Grégory Privat ou un big bang créatif

J’ai l’impression que chaque année m’apporte un coup de coeur musical de jazz caribéen. 2018, c’était Arnaud Dolmen. 2019, c’était Stéphane Castry. 2020, c’est Grégory Privat.

J’en entends parler depuis 2018. Les Guadeloupéens et Martiniquais du jazz caribéen gravitent dans le même univers, s’invitent sur les projets des uns et des autres. On finit forcément par écouter leurs aventures en solo. L’année dernière, grâce à “Basstry Therapy”, j’ai commencé à écouter Sonny Troupé aka coup de coeur potentiel de 2021 si je réussis enfin à assister à un concert d’Expéka. Il se trouve qu’il a fait un album en duo avec Grégory Privat : “Luminescence”. Grand moment de perplexité et de curiosité.

Grégory Privat ou un big bang musical. 

D’habitude, je fais toujours une première écoute dans l’ordre de la tracklist. Pour cet album, je laisse les titres me guider. Je pense avoir commencé par “On Ka Avè Piano”. C’est le concept de l’album. Je m’attends quand même à entendre plus le ka, je m’attends à ce que la percussion prenne l’ascendant. Peut-être que je veux que le ka prenne l’ascendant… car j’ai oublié que le piano a également sa puissance particulière. Et la vitesse avec laquelle les notes se succèdent pour créer la mélodie me prend de court.

Je ne peux pas dire que j’apprécie immédiatement. Mon cerveau cherche surtout à comprendre comment l’équilibre fonctionne aussi bien. J’adore la pluie (quand je suis bien au chaud sous la couette, cela va de soi) donc je lance la piste “Rainy Day”. Là, mon cerveau arrête de réfléchir et mon cœur se laisse emporter. Créer une telle douceur avec autant d’énergie… Généralement, j’ai des fragments d’histoire qui me viennent à l’esprit quand j’écoute de la musique. Là, tout ce que j’imagine, ce sont leurs mains sur leurs instruments, j’ai l’impression d’entendre leurs mouvements, de voir leur précision. Le titre dure environ douze minutes. Je le connais par coeur, mais je me surprends encore parfois à avoir une seconde d’étonnement quand la dernière note retentit. Je sais qu’elle arrive mais je suis tellement transportée que j’oublie que chaque voyage a toujours une fin. Je crois que la première fois que j’ai écouté cette piste remonte à septembre ou octobre 2019 et je suis encore bloquée dessus au point où je n’ai pas vraiment exploré le reste de cet album. J’ai essayé, mais à chaque fois que je lance une autre piste, je coupe au bout d’une ou deux minutes et je retourne à “Rainy Day”…

Grégory Privat, un big bang musical

Au bout d’un mois, je tente quand même l’album “Family Tree”. Et là encore, je suis tellement désarçonnée que je ne l’écoute qu’une fois avant de retourner à “Rainy Day”. Début janvier, c’est le déclic avec le single “Las”, sorti un jour où je suis moi-même particulièrement épuisée après une journée de travail. Spotify me le suggère. J’écoute à cause du titre et je finis par le laisser en repeat toute la soirée. A chaque reprise, je me focalise sur un élément différent : la voix, les instruments, les paroles. Les sonorités jazzy pop futuriste se confirment avec l’album qui suit quelques jours plus tard. Cette fois-ci, je passe d’une piste à l’autre parce que j’ai envie de tout écouter. Cette fois-ci, j’ai plein d’images qui me viennent en tête surtout pour “DNA” et “Exode” qui, je trouve, auraient été parfaites pour la bande-originale de “Battledream Chronicle”. Sans surprise, “Seducing The Rain” est ma piste coup de coeur…

Et c’est celle qui me conduit à écouter “Seducing The Sun” sur “Family Tree”. Re-déclic. Et j’arrive enfin à trouver les mots pour exprimer ce qui me plaît dans la musique de Grégory Privat. Elle fait appel à mon sens de l’analyse et de la rigueur. Je me concentre d’abord sur elle en tant qu’entité que je dois décortiquer pour comprendre ce qu’elle me fait ressentir. Sa musique est complexe sous couvert d’une simplicité harmonieuse et c’est probablement pour ça qu’il arrive aussi bien à insérer de la pop électro ayant la capacité de toucher un public qui n’écoute pas de jazz habituellement.

C’est la première fois que je découvre la discographie d’un artiste de façon aussi chaotique. J’aime faire les choses dans l’ordre c’est-à-dire en suivant une chronologie parce que j’aime visualiser l’épanouissement de l’artiste d’un opus à l’autre. J’aurais commencé par son premier album “Ki Koté”, je crois honnêtement que je n’aurais pas cherché à en entendre plus. Cet album est tellement survolté qu’on a l’impression que ça explose dans tous les sens tout en restant assez traditionnel. Paradoxal, je sais. On y trouve déjà tout ce qui fait l’originalité de son style actuel mais caché derrière un style de jazz cadré.

Spotify n’a pas l’album de “Tales of Cyparis” (2013) donc j’ai écouté quelques titres via YouTube mais je préfère écouter en album et pas en audio/vidéo… Mais d’après les explications données, cet album concept reflète son côté intentionnel pour mettre la musique au cœur de la transmission culturelle. Il coche toutes les bonnes cases pour que je reste attentive à sa carrière.

P.S : musique à part, je tiens à saluer sa stratégie de communication en ligne : le site est quasi parfait, la chaîne Youtube est efficace, ses réseaux sociaux sont cohérents… Et il garde quand même une part de mystère. Une image faite pour gérer une carrière internationale.

[Focus Karayib] Meemee Nelzy, une artiste à la sobriété flamboyante

Je n’ai pas de souvenirs exacts sur comment j’ai commencé à écouter Meemee Nelzy… Mais en toute logique, je pense que je l’ai découverte sur Bandcamp à partir de la liste d’amis de Mano D’iShango fin 2017/début 2018.

Un coup de cœur musical

Sa dernière sortie en date était DeEPly Rooted, un mini-album pour lequel je n’arrivais pas à avoir une piste préférée tellement j’appréciais chaque chanson. J’ai acheté la version digitale de cet EP au bout de quelques écoutes. Je rappelle que j’achetais très peu sur Internet à l’époque, donc c’est pour vous dire à quel point c’était un coup de cœur. J’ai donc décidé de continuer à découvrir sa discographie à rebours.

Une versatilité musicale

Comme avec Stevy Mahy, j’étais surprise de la versatilité de son groove. Des paroles en français, en anglais et en créole. Des mélodies jazzy hip-hop soul ka. Des projets expérimentaux avec l’électro. Une harmonie musicale dont j’ignorais tout. Pour ma défense, j’étais déjà dans la K-pop quand elle a sorti son premier album en 2009. 

Une odyssée musicale

J’ai hésité à utiliser l’expression “mystique musicale”… Écouter Meemee Nelzy est une expérience quasi spirituelle. Ses chansons mettent en valeur sa voix qui transcende le temps et les genres. On entend la vibe hip-hop R&B des années 90, on ressent l’âme de la tradition guadeloupéenne, on observe l’esprit d’ouverture caribéen sur le monde, on vit le parcours d’une femme entre deux siècles se révélant à elle-même. Elle produit ses albums et ça se ressent dans les sujets abordés et la cohérence de ce qu’elle expérimente.

Exprimer sa joie de vivre, son désir d’apaisement, sa rage, sa culture, son amour, sa douleur, son identité… Peu importe votre humeur du moment, Meemee Nelzy a une ou deux chansons pour sublimer l’émotion. Quand j’écoute sa discographie, j’ai l’impression d’assister à un film en accéléré sur la naissance d’un flamboyant majestueux : un arbre aux racines solides, avec un tronc puissant et des branches formant une couronne tournée à la fois vers la terre et vers le ciel.

Il m’aura fallu environ un an et demi pour réussir à écrire ce Focus Karayib. J’aurais voulu le mettre en ligne pour son anniversaire (#teamCapricorne) mais bon… Les aléas de l’inspiration. #funfact Je voulais que “Sizièm Kontinan” de l’EP “Deeply Rooted” soit le générique de mon podcast Karukerament. Je n’ai pas osé lui demander. Je l’ai fait pour Karukerament EV. Et elle a dit oui tout de suite. Bref, c’est une artiste talentueuse et généreuse.

Bandcamp IG : @yumiempress

Photo 📸 by @blxckdreadshot

K Focus+ : Monster avec Admiral T et Drunken Tiger

Après ma première analyse comparative entre le Zouk et la K-Pop que vous pouvez retrouver dans le premier hors-série de Karukerament, je vous propose aujourd’hui un K focus+ c’est-à-dire Karayib et Korea.

Je ne peux pas dire que je suis fan d’Admiral T, mais ses premiers hits dabcehall restent des incontournables de mon adolescence. Même après avoir quitté la Guadeloupe, il fait partie des rares artistes caribéens dont je connaissais l’actu sans avoir besoin de faire de recherches particulières. Maintenant que je suis d’un peu plus près les sorties musicales, j’ai tout de suite été intriguée quand j’ai entendu que son prochain album s’intitulerait “Caribbean Monster”.

Pourquoi ? Parce qu’il fait écho au premier single de rap coréen dont j’ai suivi la sortie : “Monster” de Drunken Tiger* en 2009.

(C’est la version sous-titrée en anglais.)

Alors oui, le “Caribbean Monster” est plus soca que dancehall et “Monster” est rap. Mais cette différence de genre musical n’empêche pas de faire quelques parallèles.

Une métaphore : le monstre

Première comparaison “évidente” : la métaphore du monstre que les deux artistes utilisent pour se désigner. Il ne s’agit pas d’apparence ou de comportement violent. Tous les deux incarnent le monstre comme figure s’écartant volontairement du carcan imposé par la société. Ce monstre, c’est une énergie à l’état pur, une énergie créative, une énergie libératrice. Pour moi, ce monstre se manifeste du détail dans leur façon de moduler leur voix jusqu’à la symbolique d’être hors-norme artistiquement.

Une identité : la promotion de sa culture

Ce monstre est ancré dans une culture. Dans les paroles de “Caribbean Monster” que j’arrive à comprendre, j’entends une célébration de la Caraïbe. Le “wave your flag” (agite ton drapeau) est un gimmick dans la dancehall et dans la soca, mais je trouve qu’il prend un sens particulier pour les Guadeloupéens et les Martiniquais alors que nos drapeaux régionaux font encore débat. Si on parle du concept de l’album même, c’est un florilège de featurings. Admiral T nous présente sa vision de la musique caribéenne en nous promenant sur une scène musicale anglo-franco-créolophone. Une Dasha, une Princess Lover ou une Stony coexistent dans le même espace qu’un Sizzla, qu’un Saïk ou un Krys.

Dans les paroles de “Monster”, Drunken Tiger fait un bref couplet avec des rimes en utilisant le quotidien culinaire sud-coréen. C’est une approche d’écriture ordinaire pour les Coréens. Ici, il compare sa rage créatrice au piment utilisé pour relever des plats basiques. En citant les tteebeokkis, les ramyeons, il fait appel à des références que tout Coréen, peu importe le niveau social, comprend. Et avec la Hallyu, la Vague culturelle Coréenne, une personne non-Coréenne avec une connaissance limitée du pays et de son histoire peut quand même comprendre.

Et c’est vraiment un choix pensé parce qu’il existe une version anglaise de ce titre où Drunken Tiger invite des artistes représentant sa vision du hip-hop des années 90 à nos jours. A travers son épouse Yoon Mirae et lui, se forme un lien entre Corée du Sud, la East Coast avec le légendaire Rakim, la West Coast avec Rakka de Dilated Peoples, les autres pays d’Asie avec le rappeur US d’origine philippine Roscoe Umali.

Un format : le double album

Admiral T a dévoilé l’album “Caribbean Monster” en même temps que l’album “Mozaïka” qui fait la fusion entre notre héritage musical du passé et notre héritage musical en cours de construction. Le public peut donc voir un Admiral T à double facette qui transcende le temps et les générations. Il rend hommage à la tradition avec des collaborations parlant aux générations précédentes et aux générations à venir.

C’était également le cas avec Drunken Tiger. “Monster” est le titre promotionnel du double album Feel gHood Muzik. Sur l’album Feel Good, l’ambiance est plus légère, l’amour y est rappé en long et en large. Sachant que Drunken Tiger a bâti sa réputation en critiquant le système, se présenter avec une image plus douce permettait justement d’aller contre l’image négative qu’il avait (il a été blacklisté quelques années après une condamnation pour consommation d’amphétamines). Sur l’album Hood, Drunken Tiger propose des titres plus en accord avec le hip-hop hardcore qu’il avait défendu jusque là.

Et après ?

Malgré les 10 ans de décalage, une position géographique et des cultures différentes, ces deux artistes ont offert leur interprétation artistique de “monstre”.

Un monstre incarnant la liberté au sein d’un système.

Un monstre s’inscrivant dans une culture.

Un monstre à la croisée d’un passé et d’un futur.

En 2009, “Monster” marquait la fin d’un chapitre pour Drunken Tiger. Il a quitté son label pour en fonder un autre. Son style musical est devenu plus mélodieux, plus expérimental. En 2018, a été dévoilé l’album “Rebirth”, la renaissance.

En 2019, on ne peut pas encore prédire ce que “Caribbean Monster” représentera dans la carrière d’Admiral T, mais cet album s’annonce comme un tournant dans sa direction musicale et artistique… Affaire à suivre.

 

 

* A la base, Drunken Tiger était un collectif mené par Tiger JK. Depuis 2005, il garde l’utilisation du nom du collectif pour des projets bien précis. Dans cet article, j’utilise Drunken Tiger par souci de cohérence même si je parle de Tiger JK.

[Focus Karayib] Stevy Mahy, une “Renaissance Woman” du 21ème siècle

Je vous avais déjà parlé de Stevy Mahy pour son livre ” Renaissance Woman” il y a quelques mois. J’avais brièvement présenté l’entrepreneuse et l’autrice mais je voudrais surtout revenir sur la présentation de la chanteuse.

S comme sensibibilité

J’ai découvert Stevy Mahy en faisant des recherches pour mon dossier sur les représentations de l’esclavage dans la musique. Au-delà du charme de sa voix portée par le genre d’arrangement guitare acoustique que j’affectionne, ce sont les paroles de son single “Haïti Chérie” qui m’ont frappée lors des premières écoutes. Ma mémoire me joue peut-être des tours, mais j’ai réellement l’impression que c’est la première fois que j’entendais le nom Haïti prononcé avec douceur et avec amour. Je ne peux pas dire avoir un souvenir précis de cette xénophobie irrationnelle que certain.e.s Guadeloupéen.nes exprimaient ouvertement envers les Haïtiens… mais je sais que cette xénophobie était réelle et me déstabilisait d’une façon que mon moi enfant ne savait pas encore verbaliser. La sensibilité avec laquelle Stevy Mahy chantait cette ode à une île soeur m’a touchée d’autant plus par la singularité de ce discours artistique que je n’avais jamais entendu.

T comme Timbre

Je suis fan des voix rauques, celles qui cassent légèrement en fin de phrase, celles qui transmettent une énergie chaleureuse même en chuchotant. Je sais qu’il existe d’autres chanteuses caribéennes avec cette particularité mais son timbre à elle fait vibrer mes émotions d’une manière différente.

E comme élégance

J’apprécie le style folk. D’ailleurs, les chansons coréennes qui m’ont le plus émues sont des chansons folk. Cela ne m’empêche pas de trouver ce style ennuyeux à la longue. Mais je ne m’en lasse pas quand il est mêlé à des tambours traditionnels… Et même quand les tambours sont absents, sa voix à elle continue de transmettre une énergie pleine d’élégance.

V comme vulnérabilité

L’amour, c’est la vie. La vie, c’est l’amour. Thème de prédilection des artistes. Et je crois à ce message le temps de la chanson avant de retourner à mon cynisme habituel. Dans son premier album “The Beautiful Side of a Kréyol Trip” (2010), Stevy Mahy chante les facettes de l’amour porté à l’autre. Dans “Renaissance Woman” (2016), elle met son âme à nu dans la mise en musique d’une vulnérabilité qu’elle assume pour partager sa quête d’elle-même. Cet album concept est d’autant plus intéressant que l’expérience artistique peut se compléter par la lecture d’un journal intime essai. À l’heure des réseaux sociaux et de la culture de l’immédiat, multiplier les approches en demandant au public de prendre du temps pour s’imprégner de l’œuvre permet de s’inscrire dans la longévité.

Y comme yeux

L’autre atout de Stevy Mahy est sa capacité d’interprétation. L’émotion qu’elle transmet se reflète aussi dans son regard. Elle me donne l’impression de chercher la connexion avec l’âme de la personne qui écoute, de se confier sans pour autant s’imposer d’autorité. Son regard sur la vie, sa vision de la femme qu’elle est, qu’elle veut être… Je pense qu’il est grand temps que je l’entende en live. Objectif 2020 ?

C’est comme si Stevy Mahy était d’une autre époque… du passé ou du futur. Je n’arrive pas à le déterminer. Peut-être que ça change d’une chanson à l’autre. Et pourtant sa musique reste bien ancrée dans notre présent, transcende les genres pour créer une harmonie qui peut surmonter n’importe quelle frontière. J’en suis arrivée à cette conclusion en regardant le clip-vidéo de “Tout Ce Que Tu Es”, un duo avec LS et son plus récent single à ce jour.

Son art valorise la femme caribéenne du 21ème siècle dans ses forces, ses doutes et sa résilience.

[Focus Karayib] Teamarrr et son art pimenté

J’ai découvert Teamarrr en 2018 dans une suggestion YouTube pour le clip-vidéo de son single “One Job”. Quand j’ai cliqué sur lecture, c’était pour regarder une nouvelle œuvre de Junior Bland, le créateur de “Giants”. qui a assuré la réalisation du clip. L’intro aux sonorités jazzy m’a fait tressaillir. Le premier refrain aux paroles incendiaires m’a laissé sans voix. Teamarrr regrette que l’homme avec lequel elle s’amusait ne soit plus sur la même longueur d’onde qu’elle. Au moment du breakdown dans le clip-vidéo, Teamarrr et son partenaire se disputent en créole haïtien. Là, j’étais conquise.

Je me suis remise le clip au moins dix fois. C’est un hymne antifvckboi tel que nous en avons besoin de nos jours. La vidéographie exprime la juste dose d’authenticité travaillée et de dramatisation. Ses lyrics vidéos sont tout aussi élaborées. Je me devais donc d’en découvrir plus sur cette chanteuse.

Avec un nom acronyme de Totally Enthused About Making Really Really Raw, Teamarrr possède un univers à la fois cru et élégant. Musicalement, je trouve qu’elle se démarque des chanteuses de Soul R&B du moment. S’il fallait vraiment comparer, je dirais qu’elle a une voix puissante et chaude comme Amy Winehouse, un discours angéliquement cru comme Jhené Aiko, et une aura mystique à la Erykah Badu. D’ailleurs, et c’est la première fois que je me pose la question, je me demande ce que donnerait sa voix chantée avec du créole haïtien… En tout cas, ses paroles les plus marquantes proviennent de ses chansons sur la rupture amoureuse, son rapport aux hommes avec un langage clair limite candide et surtout sans détour. Chaque chanson a toujours une ou deux phrases qui restent en tête. Je ne résiste pas à partager quelques citations :

The dick is fire
That’s what I signed up for
But after all this time you’re so damn insecure

(Ta b*te, c’est le feu. C’est ce que je voulais, mais après tout ce temps, tu manques vraiment trop d’assurance)

Extrait de One Job (2018)

you don’t want walks in the park
You just want everyone sucking you off
You got a, you got a whorey heart

(Tu ne veux pas de promenades au parc, tu veux juste que tout le monde te suce, tu as un coeur de sal*p)

Extrait de Whorey Heart (2019)

Your roses really smell like do do
And I’m not ever masturbating to you

Tes roses sentent vraiment le prout prout, et je ne me masturbe pas en pensant à toi.

Extrait de I Do… But (2017)

Sa discographie ne compte qu’un mini-album, “Thanks For The Chapstick”, et quelques singles mais il y a déjà de quoi se remonter le moral avec une large tasse de thé remplie de larmes masculines.

Vous pouvez suivre Teamarrr sur Instagram @imaliltcup.

Photo crédit : Tyren Redd (@tyrenredd) et disponible sur Position Music

[Focus Karayib] Celia Wa et “Adan on dòt solèy (part 1)”

Il y a quelques mois, quelqu’un m’a donné le lien du nouveau clip de Célia Wa : Woulé Solèy.

J’avais regardé vite fait la 1ère minute et puis j’avais coupé, me disant que je savais que j’allais aimer mais que je n’étais pas encore prête pour apprécier l’œuvre à sa juste valeur.

La musique est une question de timing, de mise en condition mentale pour entrer en communion avec les mots, avec les sons.

Quand j’ai commencé à lire “Les voyages de Merry Sisal” de Gisèle Pineau en février, j’ai senti que je devais trouver une bande-son pour m’aider à avancer dans cette intrigue sombre. J’avais besoin de quelque chose d’aérien. Un air à la flûte m’est revenu en mémoire…

Après le googling de rigueur pour avoir quelques éléments biographiques, j’ai donc écouté le mini album “WA”(2012). Et là, j’ai ressenti exactement ce à quoi je m’attendais la première fois : les frissons, les papillons… Le souffle de vie.

Chaque piste illustre ce que traverse Merry Sisal, et par extension ce que toute personne est susceptible de traverser un jour. “Di Yo” crie notre besoin d’être reconnu.e comme individu à part entière. Le style traditionnel résonne comme un rappel de notre humanité porteuse d’un passé et d’un présent douloureux. “Supaman” évoque la prise de conscience de se donner corps et âme à un être qui devient le centre de votre vie. Le rythme joué au tambour de “Siwo Myel” met en lumière la sensualité et le sentiment de plénitude qu’on espère vivre à travers un amour réciproque. “Pati Iwen” souligne le désir voire le besoin de partir, de quitter sa zone de confort pour se découvrir. Quant à “Viv”, c’est un manifeste, c’est la promesse de tout faire pour vivre sa meilleure vie. La vibe hip-hop jazzy soul mêlée aux rythmes traditionnels crée une ambiance intemporéelle lumineuse au groove irrésistible.

J’ai continué à écouter l’album, même après avoir fini de lire “Les voyages de Merry Sisal”. Et puis je suis passée au single “ADAN ON DÒT SOLÈY”. Cette collaboration avec la beatmakeuse Ka(ra)mi propose un “voyage interstellaire poétique”. Il n’y a que trois pistes : “Woulé Solèy”, “Inspiwa” et “Adan on dot Solèy”. Trois pas menant aux portes d’un univers qu’elles appellent Karibfutursound. J’entends les murmures d’un monde (afro)caribéen futuriste que j’ai hâte d’explorer à travers leurs prochaines créations.

J’ai déjà raté deux occasions de voir Célia Wa sur scène pour l’instant… J’espère que les planètes et les étoiles s’aligneront avant 2020 pour que je puisse assister à une prestation live magique et inoubliable.

Pour en savoir plus sur Célia Wa, vous pouvez écouter son interview dans le numéro 83 du podcast de Cases Rebelles.

www.celiawa.com

Bandcamp

@clia_wa

[Focus Karayib] Stéphane Castry et son album “Basstry Therapy”

Quand j’ai recommencé à écouter de la musique antillaise il y a un peu plus de trois ans désormais, je faisais des allers-retours entre le zouk et la dancehall. Le jazz caribéen se retrouvait sur ma route, mais l’univers n’était pas en phase pour que je me pose et prenne le temps d’écouter. En tout cas, je n’en lisais que du bien au point où je commençais à redouter de trouver le genre surcôté.

Arnaud Dolmen a été le premier d’une longue liste d’artistes à me prouver à quel point le jazz caribéen mérite toutes les louanges qu’on lui chante. #isaidwhatisaid

Aujourd’hui, je vous parle de Stéphane Castry. Je voyais ce nom depuis un peu plus d’un an, mais comme j’ai du mal à regarder tout instrument qui n’appartient pas à ma sainte trinité (saxophone, piano, batterie and in that order), je n’ai pas cherché à écouter. Et puis j’ai assisté au concert de Jocelyne Béroard à la Cigale l’année dernière. Quand son bassiste (j’ai oublié son nom, d’ailleurs) a fait son solo de présentation, j’ai vu la lumière. La basse est un instrument trop cool. J’étais tellement hypée que j’ai acheté “Basstry Therapy” directement quand le nom Stéphane Castry est repassé sur mes réseaux sociaux en septembre. Achat musical du mois. Pour un Guadeloupéen, en plus. Je partais du principe que tout titre de jazz caribéen jouerait sur ma corde sensible nostalgie. Clairement, je n’étais pas prête.

Moi pendant l’écoute des titres uptempo

Moi pendant l’écoute des titres slow tempo

J’ignorais que rythmes traditionnels caribéens et funk pouvaient se marier aussi bien. Je découvre, d’accord ? J’ai encore beaucoup à apprendre, I know ! J’écoute l’album en boucle depuis cinq mois pour me donner un peu de baume au coeur parce que le quotidien est difficile à supporter parfois. J’essaye de passer à autre chose, mais c’est encore difficile pour l’instant. D’autant plus après avoir entendu mes morceaux préférés en live.

Après avoir raté le concert d’octobre, j’étais au taquet pour celui de février au Club Nubia. Entendre “Péyi La”, “Like A Funny Story” et “Basstry Therapy” en live était une e.x.p.é.r.i.e.n.c.e. surtout que Stéphane Castry était accompagné de grands musiciens que je voulais voir sur scène. Je sens qu’un focus Sonny Troupé s’écrira de lui-même quand j’aurai organisé mes sentiments. Je ne suis pas encore remise du breakdown dans “Basstry Therapy” où il n’y a que la batterie et la basse.

“Basstry Therapy” est une invitation à ouvrir ses horizons. Ecouter cet album, c’est recharger ses batteries, se donner de l’énergie pour affronter la vie.

Crédit Photo : Instagram de Stéphane Castry

Focus Karayib – Gage (mon bilan 2016 – 2018)

Précédemment sur myinsaeng, en avril 2016, je lance ma rubrique Focus Karayib avec une chanson de Stony et Gage que j’ai découverte en novembre 2015. En novembre 2017, je publie mon sixième Focus Karayib et il est consacré à Gage. Nous voici en novembre 2018, vous voyez le schéma qui se reproduit ? C’est donc l’heure du bilan de ces trois années passées “avec” la musique de Gage.

 

Acte I

Je me rappelle de mon enthousiasme lors du concert de Gage en novembre 2017. En plus, dans un contexte piano-voix (mon préféré) ? Tous les éléments sont réunis pour (re)découvrir réellement sa sensibilité d’artiste. Je ne m’attends pas à me redécouvrir moi, mais c’est ce qui arrive. Les quelques larmes que je verse dans ses bras sont libératrices parce que je me rends compte que j’ai survécu et que je me sens vraiment capable de surmonter d’autres épreuves. Je regrette toujours de ne pas avoir su faire un selfie digne de ce nom… Mais la magie du moment, ce moment où je dis au revoir aux doutes, à la tristesse qui me pesaient depuis tant d’années, restera immortalisée dans ma mémoire.

Acte II

Au concert du 5 octobre 2018, je suis dans un état d’esprit complètement différent. Là, je suis vraiment venue m’amuser et kiffer la vibe. Je karaoke (oui de karaoker, verbe du 1er groupe, je karaoke, tu karaokes etc) avec Gage. Au concert d’avant, c’était sur Sade #mygoddess. Là, c’est sur du Janet, du Michael, du Cindy Lauper, du MC Hammer… Vous n’imaginez pas mon bonheur. Un lâcher prise total… Et cette fois-ci, je vois réellement le showman que Gage peut être. Sa reprise de “Anytime, Any Place” de Janet Jackson ? On en parle OU ON EN PARLE ? Heureusement qu’il n’a pas chanté “Again”, sinon il aurait peut-être fallu me réanimer. Et je plaisante à peine. Y a-t-il beaucoup d’artistes hommes capables de faire des reprises de chansons d’artistes femmes en y mettant autant de sensualité sans tomber dans la caricature ?

Acte III

Je ne cache pas avoir hésité à aller au concert du 9 novembre. Le répertoire de concert de Gage ne me plaît pas plus que ça (#sorryNOTsorry), donc je n’ai pas envie de gâcher l’euphorie de la première fois. Mais en même temps, sachant qu’il a des longues périodes où il se fait rare et il n’utilise pas trop les réseaux sociaux où je le suis, je me dis qu’il faut en profiter. D’ailleurs, je constate que j’ai fait plein de concerts depuis un an. Les seuls où j’ai eu des galères au point de me demander si je vais quand même sortir, c’étaient pour les concerts de Gage. La première fois, j’ai mis une heure à trouver la salle (je ne me perds jamais, so don’t even ask). La deuxième fois, j’ai mal géré mon temps de trajet et il y a eu une suppression de bus, ET j’ai failli me faire une entorse parce que j’avais eu la bonne idée de mettre des talons. La troisième fois, j’ai enchaîné des galères au boulot, à la maison sur la semaine entière. Je me suis vraiment demandée si ce n’était pas l’univers qui m’envoyait un signe pour me dire de rester chez moi. Rien que d’y penser, je….

Bref. Était-ce l’univers qui rééquilibrait la balance parce que je ne suis pas une fan pure et dure ? Était-ce parce que j’avais déjà annoncé que ce serait mon dernier concert de Gage tant qu’il ne sortirait pas d’ALBUM inédit donc je devais traverser des épreuves pour mériter cette soirée de détente ? I don’t know, mais j’ai rarement vécu de semaines aussi catastrophiques, so who knows ?

Quand il monte sur scène avec sa veste Soul Rebel, le ton de la soirée est donné. Nostalgie et émotion. Il enchaîne quelques chansons de son premier album. Je vibe mais sans plus (écoutez, je ne vais pas me forcer). Par contre, les ondes d’amour émanant du public font vibrer l’atmosphère. D’après mes accompagnatrices A et G, elles ne m’ont jamais vu sourire autant et aussi longtemps…

Mais qui peut rester de marbre dans une telle bulle d’énergie de bienveillance ? Bon, il y a bien ce gars qui accompagnait sa chérie. Elle vivait clairement sa best life et lui est resté immobile toute la soirée. MAIS je veux dire personne, à part les jaloux du sex-appeal de Gage, ne pouvait rester insensible. Personne.

Quand il y a “Je T’aime Quand Même” (my Gage Anthem), j’ai des frissons. Le public passe en mode “watch us karaokeing that ish right here and right now.” Elles chantent sur l’INTRO et sont tellement dans leurs sentiments qu’elles manquent le signal de Gage pour faire la reprise du premier couplet. En toute franchise, c’est la seule chanson que je reconnais dès les premières notes. Pour toute chanson post-Soul Rebel era, Gage a parfois le temps d’arriver au refrain avant que je ne retrouve le titre dans ma tête.

Au moins je connais les titres, à défaut de connaître les paroles par cœur. Il y a du progrès depuis deux ans, non ? Bref. Au fil du concert, je continue de m’interroger sur son parcours en tant qu’artiste. Son émotion est palpable. Il en oublie même les paroles d’une chanson. Il commente son erreur avec humour, se ressaisit en deux secondes top chrono et recommence. Et là, je vois Gage. J’imagine les doutes, les sacrifices, les déceptions, les échecs, les remises en question qu’il a affrontés pour se tenir debout là ce soir face à des gens qui lui sont fidèles et qu’il peut appeler son public.

Quand Falone et lui interprètent “Parle-Moi”, je tombe dans mes feels. J’associerai toujours cette chanson à l’introspection qui a mené à ma renaissance. Est-ce que ce titre m’aurait autant marqué si Stony avait chanté avec quelqu’un d’autre ? Je ne pense pas. C’est vraiment la voix de Gage entendue à ce moment précis de ma vie qui me met dans mes sentiments. Et là j’arrive enfin à poser des mots sur le pourquoi je soutiens un artiste dont je ne connais pas plus de trois titres alors qu’il est dans le game depuis 15 ans. Il est ma définition vivante du mot “passion”.

Au-delà de tout le sentimentalisme et de mon côté fangirl quand je tweete “aaah Gage est trop beau”, ce qui fait que j’achète une place de concert, que je vibe quand même sur des chansons que franchement je n’aime pas, c’est le respect que lui m’inspire. Malgré les galères, il reste là. Malgré le struggle, il garde la foi.

Lors de ce troisième concert, j’ai vu un Gage humble à l’écoute de son public.

J’ai vu un Gage lover boy maîtrisant chaque regard et chaque geste pour donner l’impression à chaque fan qu’il ne chante que pour elle.

J’ai vu un Gage nerd et joueur. Sa tête quand mon amie A lui a demandé en créole de chanter en créole.

J’ai entendu un Gage dont le potentiel artistique reste encore grandement inexploré. Je lui souhaite vraiment de s’épanouir dans sa musique future.

Épilogue

En fait, la musique de Gage est comme avoir un ami discret qu’on ne contacte que sporadiquement sur un coup de tête. Ensemble, vous faites la mise à jour de vos vies. Cet ami exprime précisément ce que vous ressentez, met des mots sur vos joies et vos peines, surtout sur vos peines. Parfois, vous le rejetez parce qu’il vous dit des vérités que vous n’êtes pas encore prêt à entendre. Parfois, vous êtes en fusion totale. Cela peut durer quelques mois voire quelques semaines, voire l’espace d’une chanson. Le temps nécessaire pour faire le bilan avant de repartir chacun de son côté et affronter la vie. C’est une relation sans engagement, sans planification, mais on sait que l’autre sera toujours en rendez-vous en cas de besoin. Vous voyez ce que je veux dire ?

J’ai écrit ce passage il y a un an quasiment jour pour jour. Il reste valable encore aujourd’hui et je pense qu’il le restera jusqu’à la fin de ma vie. Je ne suis peut-être pas une “vraie” fan, mais quand j’ai choisi de donner de mon temps et de mon attention à un.e artiste, et que ce qu’il/elle fait reste en accord avec mes principes, je suis ride or die.

[Focus Karayib] Mano D’iShango et son projet Exotysme

J’essaye vraiment de respecter la parité pour ces articles en alternant femme-homme. Permettez que je déroge à cette règle, car la prochaine chanteuse à qui j’aimerais consacrer cette rubrique est un coup de coeur que je veux savourer encore un peu pour moi. Je vais donc parler d’un artiste masculin : Mano D’iShango.

En faisant mes recherches sur Flo, je suis tombée sur Mano D’iShango via un lien vers son projet MAWON MINUI (PHIFE DAWG HOMAGE). C’est surtout le visuel de la pochette qui m’a intriguée. Je ne me considère pas comme une fan de hip-hop (#soulr&blover4life), mais je connais quand même quelques classiques. L’album “Midnight Marauders” de A Tribe Called Quest est l’un des rares albums de hip-hop que je possède, et la pochette de “Mawon Minui” en reprend les couleurs et la texture. Vu que tout est dispo en streaming, j’ai cliqué. Je n’avais qu’à me laisser porter. L’effet des instrumentales a été plus fort que ma réaction instinctive de rejet causée par des paroles que je ne comprenais absolument pas. La playlist en fond sonore, j’ai donc cherché des infos sur ce mystérieux Mano D’iShango…

Au bout de 5 minutes, j’ai renoncé parce que je n’ai pas trouvé suffisamment d’éléments pour me faire saisir l’artiste qu’il est. Non pas qu’il n’y ait pas d’infos. Au contraire. Tysmé, avec son album studio Zayanntifik, était bien présenté. Mais moi c’est Mano D’iShango, son autre nom de scène, qui me laissait perplexe. Et même si sa discographie était bien organisée, je ne comprenais pas la différence entre les deux. Étaient-ce deux facettes de sa personnalité d’artiste ? Une histoire d’alter ego ? Qu’est-ce qui avait déclenché l’apparition de Mano D’iShango ? Que faire de Tysmé dans cet univers ?

Comme l’ambiance afrofuturiste de certaines chansons et visuels d’albums m’intriguait, j’ai quand même mis les deux premiers volets (gratuits) de son projet EXOTYSME dans mon téléphone. Avec 2h30 à 3h de trajet quotidien, j’aurais bien trouvé le temps d’écouter, n’est-ce pas ? En fait, non. Je lançais une chanson au hasard et je coupais au bout de 30 secondes avant de revenir à du Beyoncé, du Toni Braxton ou à du Arnaud Dolmen (♥ #fangirl). Peut-être était-ce la fatigue à cause de la fin de l’année scolaire… ?

Je n’ai pas lâché l’affaire pour autant. J’avais cette intuition que c’était le genre de musique qui pourrait me plaire mais il me manquait ZE point de connexion. Je m’étais dit que j’écouterais à tête reposée pendant l’été. Me reposer, j’ai fait (ET C’ÉTAIT GÉNIAL). Ecouter les EXOTYSME, non. En fait, j’ai écouté. C’est juste que je n’entendais pas. Même si Mano D’iShango a une diction claire, son flow en créole est trop difficile pour MOI dont la compréhension orale se limite au (rétro) zouk (love). Et à ce que me dit ma mère. Ha! Après plus de trois mois de réflexion, j’ai enfin compris que c’était ça mon point de connexion : le kreyol. Si vous lisez mon blog, vous connaissez les méandres de mon parcours pour définir et vivre mon antillanité. La langue est un élément qui me fait cruellement défaut, mais écouter les albums Exotysme m’a fait prendre conscience de l’ampleur du challenge pour récupérer cette partie de moi… mais aussi de mon envie de relever ce défi. C’est une petite victoire à chaque fois que je réécoute une chanson et que je donne du sens à une phrase dont la compréhension m’échappait les fois précédentes.

Je ne pourrais pas classer les volumes en terme de préférence… Je crois que le 1er volet sorti en 2012 est celui qui me correspond le plus musicalement. Le groove old school fait écho à ce que j’écoutais moi-même dans mon adolescence. Coup de ♥ pour “Coco Canelle” et “Future School”.

Le volume 2 (2015) a des pistes plutôt courtes et propose un hip-hop plus versatile qui m’a permis de dessiner une silhouette musicale de Mano D’iShango. C’est aussi l’EP qui m’a demandé le moins d’effort de compréhension au niveau des paroles. Coup de ♥ pour “M.A.N.O.D.I.S.H.A.N.G.O” et “Nou Enmé Sa”. Mention honorable pour “Tout Ou Ni” dont je comprends le message mais dont l’approche me laisse dubitative.

Enfin, le volume 3 (2018) fonctionne comme une synthèse entre son style old school hip-hop et des sonorités jazzy mais modernes. Vu le nombre d’écoutes qu’il m’a fallu pour réussir à comprendre les paroles, je dirais que c’est celui qui a été le plus exigeant. Au bout de cinq écoutes complètes, j’ai renoncé à comprendre les paroles et j’ai fait confiance aux instrumentales. “Psom 97:1” est le titre qui a déclenché ma première réaction physique d’appréciation. J’ai hoché la tête en cadence et quand j’ai arrêté de me prendre la tête sur les paroles, les mots ont enfin pris leur sens. Le deuxième à m’avoir fait cet effet était “Répondè Réponn”.  Le fait que j’ai eu la révélation avec ces deux titres célébrant l’universalité du hip-hop guadeloupéen est-il une coïncidence ?

Au final, comme avec Gage, cette trilogie Exotysme me fait revisiter mon propre cheminement sur ces deux dernières années. Mon passé adouci par cette nostalgie d’une adolescence que j’avais oubliée… Mon présent avec cette quête de mon identité… Mon futur avec cette passion de raconter des histoires, nos histoires.

Bandcamp Instagram : @manodishango