[Focus Karayib] Grégory Privat ou un big bang créatif

J’ai l’impression que chaque année m’apporte un coup de coeur musical de jazz caribéen. 2018, c’était Arnaud Dolmen. 2019, c’était Stéphane Castry. 2020, c’est Grégory Privat.

J’en entends parler depuis 2018. Les Guadeloupéens et Martiniquais du jazz caribéen gravitent dans le même univers, s’invitent sur les projets des uns et des autres. On finit forcément par écouter leurs aventures en solo. L’année dernière, grâce à “Basstry Therapy”, j’ai commencé à écouter Sonny Troupé aka coup de coeur potentiel de 2021 si je réussis enfin à assister à un concert d’Expéka. Il se trouve qu’il a fait un album en duo avec Grégory Privat : “Luminescence”. Grand moment de perplexité et de curiosité.

Grégory Privat ou un big bang musical. 

D’habitude, je fais toujours une première écoute dans l’ordre de la tracklist. Pour cet album, je laisse les titres me guider. Je pense avoir commencé par “On Ka Avè Piano”. C’est le concept de l’album. Je m’attends quand même à entendre plus le ka, je m’attends à ce que la percussion prenne l’ascendant. Peut-être que je veux que le ka prenne l’ascendant… car j’ai oublié que le piano a également sa puissance particulière. Et la vitesse avec laquelle les notes se succèdent pour créer la mélodie me prend de court.

Je ne peux pas dire que j’apprécie immédiatement. Mon cerveau cherche surtout à comprendre comment l’équilibre fonctionne aussi bien. J’adore la pluie (quand je suis bien au chaud sous la couette, cela va de soi) donc je lance la piste “Rainy Day”. Là, mon cerveau arrête de réfléchir et mon cœur se laisse emporter. Créer une telle douceur avec autant d’énergie… Généralement, j’ai des fragments d’histoire qui me viennent à l’esprit quand j’écoute de la musique. Là, tout ce que j’imagine, ce sont leurs mains sur leurs instruments, j’ai l’impression d’entendre leurs mouvements, de voir leur précision. Le titre dure environ douze minutes. Je le connais par coeur, mais je me surprends encore parfois à avoir une seconde d’étonnement quand la dernière note retentit. Je sais qu’elle arrive mais je suis tellement transportée que j’oublie que chaque voyage a toujours une fin. Je crois que la première fois que j’ai écouté cette piste remonte à septembre ou octobre 2019 et je suis encore bloquée dessus au point où je n’ai pas vraiment exploré le reste de cet album. J’ai essayé, mais à chaque fois que je lance une autre piste, je coupe au bout d’une ou deux minutes et je retourne à “Rainy Day”…

Grégory Privat, un big bang musical

Au bout d’un mois, je tente quand même l’album “Family Tree”. Et là encore, je suis tellement désarçonnée que je ne l’écoute qu’une fois avant de retourner à “Rainy Day”. Début janvier, c’est le déclic avec le single “Las”, sorti un jour où je suis moi-même particulièrement épuisée après une journée de travail. Spotify me le suggère. J’écoute à cause du titre et je finis par le laisser en repeat toute la soirée. A chaque reprise, je me focalise sur un élément différent : la voix, les instruments, les paroles. Les sonorités jazzy pop futuriste se confirment avec l’album qui suit quelques jours plus tard. Cette fois-ci, je passe d’une piste à l’autre parce que j’ai envie de tout écouter. Cette fois-ci, j’ai plein d’images qui me viennent en tête surtout pour “DNA” et “Exode” qui, je trouve, auraient été parfaites pour la bande-originale de “Battledream Chronicle”. Sans surprise, “Seducing The Rain” est ma piste coup de coeur…

Et c’est celle qui me conduit à écouter “Seducing The Sun” sur “Family Tree”. Re-déclic. Et j’arrive enfin à trouver les mots pour exprimer ce qui me plaît dans la musique de Grégory Privat. Elle fait appel à mon sens de l’analyse et de la rigueur. Je me concentre d’abord sur elle en tant qu’entité que je dois décortiquer pour comprendre ce qu’elle me fait ressentir. Sa musique est complexe sous couvert d’une simplicité harmonieuse et c’est probablement pour ça qu’il arrive aussi bien à insérer de la pop électro ayant la capacité de toucher un public qui n’écoute pas de jazz habituellement.

C’est la première fois que je découvre la discographie d’un artiste de façon aussi chaotique. J’aime faire les choses dans l’ordre c’est-à-dire en suivant une chronologie parce que j’aime visualiser l’épanouissement de l’artiste d’un opus à l’autre. J’aurais commencé par son premier album “Ki Koté”, je crois honnêtement que je n’aurais pas cherché à en entendre plus. Cet album est tellement survolté qu’on a l’impression que ça explose dans tous les sens tout en restant assez traditionnel. Paradoxal, je sais. On y trouve déjà tout ce qui fait l’originalité de son style actuel mais caché derrière un style de jazz cadré.

Spotify n’a pas l’album de “Tales of Cyparis” (2013) donc j’ai écouté quelques titres via YouTube mais je préfère écouter en album et pas en audio/vidéo… Mais d’après les explications données, cet album concept reflète son côté intentionnel pour mettre la musique au cœur de la transmission culturelle. Il coche toutes les bonnes cases pour que je reste attentive à sa carrière.

P.S : musique à part, je tiens à saluer sa stratégie de communication en ligne : le site est quasi parfait, la chaîne Youtube est efficace, ses réseaux sociaux sont cohérents… Et il garde quand même une part de mystère. Une image faite pour gérer une carrière internationale.