Mon odyssée dans l’écriture de romance

(scroll down for the English translation)

J’écris de la romance depuis… toujours. J’ai commencé à écrire directement en anglais. J’en parle dans le hors-série 6 de mon podcast. Mes personnages ont toujours été Noirs. Cela ne m’a jamais posé de problèmes jusqu’au jour où j’ai décidé d’écrire en français. J’étais en début de la vingtaine. Ecrire dans la langue que j’ai connue et que j’ai étudiée toute ma vie aurait dû me faciliter la tâche, n’est-ce pas ? Faux. J’ignorais pourquoi à l’époque. Je pensais que c’était la vie réelle qui m’empêchait d’écrire, le fait de devoir régler mes problèmes personnels, le fait d’avoir du mal à trouver ma voie dans ma vie d’adulte… Oui ? Non. Je voulais écrire de la romance, mais je n’y arrivais pas parce que je ne savais pas comment écrire des personnages noirs en français… Les classiques de la littérature guadeloupéenne/martiniquaise que j’ai lus en grandissant se focalisaient sur la souffrance des Noirs. Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu des personnages noirs heureux en français. Je ne savais pas comment écrire des personnages noirs amoureux l’un de l’autre en français. Je n’arrivais pas à écrire parce que je ne connaissais pas d’espace qui accepterait les histoires que je voulais écrire. Je ne dis pas qu’ils n’existaient pas, je dis juste que j’ignorais leur existence.

Nous sommes en 2021 et l’industrie audiovisuelle française n’a toujours pas produit un film avec deux personnages principaux amoureux et qui se trouvent être Noirs. J’ai grandi en regardant des films et des séries afro-américaines, mais je savais que ces fictions n’étaient pas ma réalité. Dans mes premières tentatives d’écriture de romance en français, j’ai suivi ce que les médias français me présentaient comme la relation amoureuse que je, femme Noire, devais avoir pour être heureuse. Mon personnage masculin principal était Blanc, mon personnage féminin principal était Noire. Encore une fois, ce n’était pas ma réalité et écrire ce genre de relations me laissait indifférente, donc je me suis dit que la romance n’était pas mon domaine d’écriture.

En 2015/2016, j’ai eu une épiphanie. J’ai décidé de ne faire que les choses qui me rendaient heureuse. Alors je me suis remise à l’écriture de romance. En toute franchise, j’avais continué à en écrire par le biais de fanfictions de K-dramas. Disons donc que je me suis remise à écrire de la romance mais avec des personnages originaux. Pourtant, j’ai quand même écrit sur un couple mixte : Thalia (Afrocaribéenne) et Samuel (Coréen-Caribéen). En plongeant dans la communauté de romance afroaméricaine, je me suis habituée à des personnages noirs ayant envie d’être ensemble uniquement parce qu’ils sont attirés l’un par l’autre. J’ai aussi établi ce qui fonctionnait ou pas pour moi en ce qui concerne la façon de raconter les histoires et les perspectives sur des questions comme le colorisme, la sexualité protégée, le consentement, le mariage. Cependant, leur réalité n’était pas ma réalité.

J’ai donc continué d’expérimenter. J’ai écrit un script de thriller en Guadeloupe où le personnage principal est une Afrocaribéenne. J’ai commencé à écrire une romance YA sur le thème du Carnaval. J’ai eu le temps d’arriver à la moitié avant d’abandonner parce que je ne ressentais pas cette étincelle de “voilà, c’est ça”. Vous savez, cette étincelle qui vous dit que même si personne n’aime votre histoire, vous vous sentez bien malgré tout parce que votre histoire est exactement telle que vous aviez besoin de l’écrire à ce moment précis ? Je continuais à me demander pourquoi je n’arrivais pas à écrire de la romance avec des gens de mon île, qui vivent la vie que j’ai connue. Et je suis tombée sur “Musical Youth” de Joanne C. Hillhouse. C’est une romance ado qui se déroule à Antigua and Barbuda. Et, j’ai enfin eu le déclic. J’ai regardé “The Sweetest Mango”, le premier film caribéen dans le genre comédie romantique. J’ai trouvé d’autres autrices caribéennes qui écrivent de la romance dans la Caraïbe avec des personnages caribéens. Il n’y en a pas beaucoup, mais elles existent. Quand la pandémie nous a frappés en 2020, je me suis retrouvée à chercher des sources de joie et j’ai commencé à m’amuser avec de nouveaux personnages afrocaribéens qui sont amoureux. En décembre 2020, j’ai publié “Nwè Love”, une romance de Noël écrite en 4 week-ends. En février 2021, j’ai publié “Love Mwen”, une collection de trois flash fictions sur le thème de la Saint-Valentin. Une avec un couple hétéro, une avec Thalia et Samuel et une avec un couple gay.

Je sais que j’ai atteint une étape importante dans mon odyssée dans la romance caribéenne. Je prévois d’écrire un autre article spécifiquement sur ce que signifie écrire de la romance caribéenne de mon point de vue. En attendant, je suis simplement heureuse de m’être débarrassée du dernier verrou qui gardait ma créativité enfermée dans une boîte de représentations auxquelles je ne pouvais pas m’identifier. Il m’a fallu toutes ces années pour m’autoriser à écrire ce que j’ai envie et de la façon dont j’ai envie. Et c’est un sentiment génial.


I’ve been writing romance since… forever. My characters have always been Black. It was never a problem until I decided to write in French. I was in my early 20’s. Writing in the language I’ve known and studied my entire life should have made things easier, right? Wrong. I didn’t know why back then. I just thought it was real life getting in the way, me having to deal with my personal issues, me struggling to figure out my way into adulthood… Yeah? No. I wanted to write romance, but I couldn’t because I didn’t know how to write Black characters in French. The classics from Guadeloupean and Martinican literature I grew up with focused on Black people’s misery. I don’t recall reading a book in French with Black characters being happy. Ever. I didn’t know how to write Black characters in love with each other in French. I couldn’t because I didn’t know any space that would welcome the stories I wanted to write. Not saying that they didn’t exist, I’m saying I didn’t know their existence.

This is 2021 and the French cinema/television industry has yet to produce a film with two lead characters in love and who happen to be Black. While I grew up watching Black films and TV shows from the US, I knew this wasn’t my reality. So in my first attempts at writing romance in French, I went with what French media gave me as the relationship I, as a Black woman, should have in order to be happy. My lead guy was White, my lead woman was Black. Again, this was not my reality, writing this kind of relationship left me indifferent, so I figured out that writing romance just wasn’t my lane.

In 2015/2016, I had an epiphany. I decided that I’d do only things that made me happy. So I got back into writing romance. To be quite honest, I had still kept going by writing K-dramas fanfictions. So let’s say I got back into writing romance with my own characters. Still, I went for an interracial couple: Thalia (Afrocaribbean woman) and Samuel (Korean-Caribbean). As I dived into the Black US romance community, I got used to reading about Black people wanting to be with each other for no other reason than just being attracted to one another. I also figured out what worked and what didn’t work for me in terms of storytelling and perspectives on some issues like safe sex, consent, marriage. However, their reality wasn’t my reality. So I kept experimenting. I wrote a full script for a thriller in Guadeloupe with an Afrocaribbean woman as the lead. I started writing a YA love story set during Carnival. I was halfway through it when I gave up because I didn’t feel that “this is it” spark. You know, that spark that tells you that even if no one enjoys your story, you still feel good about your story because it was exactly what you needed to write at that moment? I kept wondering why I couldn’t write romance with people from my island, living the island life that I knew. And then I came across “Musical Youth” by Joanne C. Hillhouse. It’s a teen love story set in Antigua and Barbuda. And finally, it clicked. I watched “The Sweetest Mango”, the first Caribbean romcom film. I found other Caribbean writers writing romance set in the Caribbean with Caribbean characters. There aren’t many, but they’re here. So when the pandemic hit us in 2020, I ended up looking for any source of joy and I started playing around with new Afrocaribbean characters in love with each other. In December 2020, I published “Nwè Love”, a Christmas story I wrote in 4 weekends. In February 2021, I published “Love Mwen”, a collection of three flashfictions on Valentine’s Day. One was about a het couple, one was about Thalia and Samuel and the final one was about a gay couple.

I know that I reached a milestone in my Caribbean romance journey. I’m planning to write another post specifically about writing Caribbean romance from my perspective. For now, I’m just glad I got rid of the final lock that kept my creativity trapped in a box of representations that I couldn’t relate to. It took me all these years to allow myself to write what I want and how I want it. And it feels damn good.