“Zétwal” ou un exemple d’afrofuturisme caribéen

2019 marque le cinquantenaire du premier pas de l’être humain sur la Lune. L’Histoire retient que les États-Unis et l’URSS étaient à la pointe de cette course vers les étoiles. La France a fait de la Guyane un terrain d’exploitation pour ses activités spatiales, mais un Martiniquais a mené sa propre expérimentation en 1974. Dans son documentaire, “Zétwal ou l’homme qui voulait marcher sur la Lune” (2008), Gilles Elie-dit-Cosaque retrace l’histoire de Robert Saint-Rose.

Un homme, un projet

Au début des années 1970, la tension qui agite les îles caribéennes francophones s’accentue. Le peuple souffre et est abandonnée par les pouvoirs publics. Robert Saint-Rose veut alors mettre la Martinique sous les feux des projecteurs. Il veut que son île s’élève dans tous les sens du terme. Pendant plusieurs mois, il construit une fusée à partir de calculs élaborés afin d’être le premier Martiniquais (Caribéen et Français) à marcher sur la Lune. Il compte sur les vers de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire pour lui servir de carburant, sans la moindre garantie de pouvoir retourner sur Terre. Le Jour J, la fusée ne décolle pas alors qu’il passe la journée et une partie de la nuit à lire à voix haute les poèmes de Césaire. Le lendemain, un article relate son échec. Son frère lui demande de revenir à la raison et de renoncer à ce projet fou qui fait de lui la risée de l’île. Quelques jours plus tard, Robert Saint-Rose et sa fusée disparaissent à jamais. Nul ne sait ce qu’il est devenu.

Un homme, une vision

Mettre la technologie au service de l’émancipation des Noirs, telle est l’une des caractéristiques de l’afrofuturisme. La Caraïbe, du fait même de son histoire, se trouve au carrefour ce mouvement culturel, artistique et philosophique qui s’est développé au cours du XXe siècle aux États-Unis, en Europe, en Afrique et en Asie. La démarche de Robert Saint-Rose s’inscrit dans cette volonté d’utiliser la technologie pour se redéfinir et s’élever hors d’un système oppressif. Quels chemins de pensée a-t-il empruntés pour avoir l’idée d’aller dans l’espace mais surtout pour la mettre à exécution ? La finalité du projet était-elle de réussir à aller réellement dans l’espace ou alors était-ce de se rendre acteur du début à la fin d’un projet échappant au carcan de la société dans laquelle il vivait ? Est-cela être visionnaire ? Est-ce juste imaginer ou imaginer et faire ? Parce que c’est surtout ce que je retiens de ce documentaire : un homme qui pense sa condition de Martiniquais dans le présent, dans le passé et surtout dans le futur ; un homme qui veut transformer cette condition de Martiniquais, un homme qui se donne les moyens de transcender le temps et l’espace.

Robert Saint-Rose avait acheté un appareil photo et une caméra pour immortaliser la concrétisation de son projet. Il a constitué ses propres archives et son frère les a conservées. Si on aurait pu avoir un doute sur la véracité des témoignages trente ans après, peut-on nier la technologie de l’image qui montre l’homme en action ? Et c’est grâce à la technologie de l’image permettant la création de ce documentaire compilant les archives que son histoire peut se diffuser dans le monde entier et se transmettre de génération en génération. Au final, son aventure met en lumière la Martinique sous un angle scientifiquement poétique ou poétiquement scientifique. Et n’était-ce pas le but qu’il recherchait ?

Un homme, un pionnier ?

Le documentaire ne nous dit pas si des recherches ont été effectuées pour retrouver Robert Saint-Rose, si la police a enquêté… Est-il vraiment parti dans les étoiles ou a-t-il connu l’exil à l’étranger ? Ses travaux peuvent-ils servir à une avancée technologique ? Lui était persuadé que la force verbale avait le pouvoir d’éléver, mais s’il était en réalité la clé ? Et si son cerveau était l’intermédiaire pour fournir la source d’énergie et diriger la machine ? Je veux dire que ce n’était peut-être pas la force magique du verbe évoqué par Patrick Chamoiseau à la fin du documentaire qui aurait mis la fusée en marche mais juste la croyance elle-même de faire voler cette fusée. Et cette croyance serait la forme d’énergie la plus pure, d’un niveau supérieur à celle de ces femmes et hommes qui utilisent la technologie pour donner vie à nos rêves les plus fous.

Tel un Léonard de Vinci de la Renaissance dont les différentes machines volantes ont servi d’inspiration aux scientifiques de la fin du XIXe siècle, Robert Saint-Rose pourrait-il être celui qui inspirera des scientifiques dans quelques siècles ? Il ne s’agit pas toujours d’avoir une multitude de modèles pour valider la légitimité d’une idée. Parfois, un seul individu peut être le modèle. A condition, bien sûr, d’être reconnu en tant que tel.

Même avec ce documentaire au récit où la curiosité ne cède jamais à la moquerie, certains (beaucoup) riraient de la légende de Robert Saint-Rose. Pourtant, il incarne cet esprit de rébellion et de sacrifice pour que ses compatriotes soient acceptés à la grande table de l’humanité. Une volonté de redonner de la grandeur à une identité caribéenne ignorée par le reste du monde. Il n’a pas attendu d’invitation pour faire entendre sa voix… Aux générations futures de décider si ce “Zétwal” sera une étoile dans l’élaboration de cette voie de l’excellence caribéenne.

C’est donc ce que je retiens de ce film documentaire : le désir de reconnaissance et la valorisation d’un patrimoine artistique puisés dans l’affirmation de sa fierté d’être Caribéen.

Et qui a dit qu’un.e Caribéen.ne ne pourrait pas réellement voyager un jour dans l’espace ? C’est le futur mis en scène par le duo iShango Sound dans son court-métrage pour le single “Lè Ou Lov 2069″… Le futurisme caribéen n’aura de limite que celles de l’univers.

Photo crédit : la maison garage.fr

Streaming Time – The Lady of Percussion

Une Afrocubaine qui défie les règles de sa condition sociale et de sa condition de femme pour s’imposer dans le monde de la musique, c’est un bon synopsis pour un film, non ? En fait, il s’agit d’un documentaire de 2014 sur Deborah del Carmen Méndez. Co-réalisé par Rakel Aguirre, Alina O’Donell et Karla Díaz Montalba, ce court-métrage d’une dizaine de minutes retrace le parcours de cette pionnière dans le monde des percussions. La sexagénaire explique sa contribution à la musique de Cuba, une contribution pour laquelle elle est consciente de ne pas recevoir la reconnaissance qu’elle mérite.

A défaut d’un biopic à sa gloire, vous pouvez en découvrir davantage sur elle grâce à ce court-métrage disponible gratuitement en streaming sur Vimeo.

Karukera, regards populaires sur une violence devenue quotidienne

Entre mouchoirs, quintes de toux et voix cassée, j’ai quand même réussi à sortir du lit pour assister à la projection de Karukera le 17 mars au centre Paris anim’ des Lilas. J’avais entendu parlé du film l’été dernier. Je n’ai donc pas manqué l’occasion cette fois-ci. J’avais prévu d’y aller seule, mais heureusement que @Emeutes_ameres et @Serenblackity étaient là parce que je ne sais pas comment j’aurais fait pour rentrer après. Tout ça pour dire que mon esprit n’était peut-être pas à 100% de ses capacités, mais le coeur y était.

Produit par MARKAFILMS et Irina Productions et réalisé par MarkA, Karukera est un film documentaire sur la société guadeloupéenne post-2009. Si la violence chez les jeunes est le point de départ, la grille de lecture s’élargit en intégrant le thème de la famille. Pendant soixante minutes, MarkA donne la parole à des artistes, à des jeunes, à des observateurs du quotidien (psychologue, sociologue, prêtre, médiateurs sociaux). En créant ce dialogue indirect entre les protagonistes, le film permet de faire un constat de la situation du point de vue des premiers concernés. L’impuissance exprimée par les policiers, les syndicalistes, les parents, les éducateurs est contre-balancée par des exemples d’initiatives de jeunes pour faire changer les choses. Ainsi, au lieu de l’habituel coup de projecteur type Zone interdite sur “la violence en Guadeloupe” ou “la drogue en Guadeloupe”, le discours est davantage axé sur le “comment en est-on arrivé là ?” et “malgré tout ça, comment continuer à avancer ?”.

Je salue les efforts pour proposer une représentation diversifiée de la population. Néanmoins, deux choses m’ont laissé sur ma faim. Tout d’abord, quelle est la place/le rôle des femmes dans cette violence ? Ces femmes qui grandissent dans ces milieux, ces jeunes femmes qui peuvent avoir un rôle actif ou passif dans ces violences, ce sont des femmes qui sont devenues ou deviendront mères à leur tour, que pensent-elles de la situation ? Ont-elles l’impression d’avoir un rôle à jouer pour changer les choses ? Peut-être qu’elles ont été interrogées et que leur discours n’était pas pertinent… Mais en tout cas, je pense que cette voix aurait pu donner une nuance de plus au débat. Différents intervenants ont décrit le dysfonctionnement de la famille en utilisant tous le même angle d’analyse. “Il y a la mère potomitan qui s’occupe de la maison et les garçons ne voient plus les pères partir travailler et ramener l’argent au foyer.” Ce n’est pas parce que papa travaille et ramène l’argent à la maison qu’il sera présent dans la vie de ses enfants, qu’il fera des efforts pour construire un lien avec eux et les aimer. Ce n’est pas parce que maman travaille et ramène l’argent à la maison que ses efforts seront considérés comme l’exemple à suivre. Il semble y avoir un consensus sur la nécessité de repenser la famille, de responsabiliser davantage les géniteurs, mais je n’ai pas compris si les intervenants parlaient du schéma “mère au foyer-père-employé” d’un point de vue historique (c’est-à-dire factuel) ou s’ils en parlaient comme le schéma qu’il faudrait retrouver. Je pense qu’ils en parlaient plus d’un point de vue historique, mais l’absence d’alternative dans leur propos m’a fait réfléchir.

L’autre aspect qui n’est pas abordé en profondeur dans le film est l’éducation ou plutôt l’instruction. Personnellement, quand on parle jeunesse, il me paraît difficile de laisser de côté l’école puisque c’est l’endroit où les enfants passent la plupart de leur temps. Normalement. On entend toujours parler du taux de 60% de chômage chez les jeunes, mais qui sont les 40% qui travaillent ? Quelles sont les perspectives de formation post-bac ? Que se passent-ils pour ceux qui vont à l’université ? Où et dans quelles conditions travaillent-ils ? Et qu’en est-il de ceux qui partent faire leurs études mais ne reviennent pas ? Que ce soit du point de vue de l’institution ou des élèves, quel rôle joue l’école dans la situation actuelle ? Ce n’était pas le propos du film, j’entends bien. MarkA a dit lui-même que cela pourrait faire l’objet d’un autre documentaire. Mais mon interrogation m’est venue quand un jeune a raconté son expérience de la prison. Il a évoqué sa prise de conscience et le fait de pouvoir utiliser ce temps pour s’instruire, apprendre une langue… En résumé faire des choses qu’on est supposés faire à l’école.

D’un point de vue technique, Karukera est construit avec intelligence. Le rythme, les transitions, tout s’enchaîne sans effort. C’est vraiment un documentaire agréable à regarder. Malgré le constat dramatique et sans avoir la prétention de proposer des solutions, il a le mérite de valoriser une analyse lokale. Le pari était de créer du contenu audiovisuel pour encourager le débat sur ces thématiques. Pari réussi.

“Growing Up Hip-Hop”, si seulement c’était une vraie série [part 2]

Bon alors en fait il n’y avait que 6 épisodes. J’ai attendu trois semaines en me disant que c’était une saison de 8 épisodes et que je regarderai les 4 épisodes d’un coup. Mais non. J’attendais pour rien. Du coup, j’ai re-regardé l’épisode 6 parce que j’avais oublié pourquoi j’étais persuadée qu’il y avait un autre épisode. Je me rappelle pourquoi, mais passons au résumé des deux derniers épisodes. Continue reading ““Growing Up Hip-Hop”, si seulement c’était une vraie série [part 2]”

LOVE AND HIP-HOP ATLANTA 4 – EPISODE 6

Il y a eu une semaine de coupure pour le Memorial Day et VH1 a diffusé le mariage de Yandy et Mendeeces (Love and Hip-Hop New York)… Et je suppose que Joseline et Stevie J annonceront le leur lors de la réunion finale ? Je ne fais que l’épisode 6 pour revenir sur un cycle épisode impair/pair au lieu de l’inverse. Pourquoi ? Parce que je préfère~

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