Layover de Katrina Jackson

Je consomme beaucoup de Black romance. 9 fois sur 10, j’apprécie la lecture. Et de temps en temps, je tombe sur une histoire qui me fait dire “voilà, ce que je ressens là, je veux le faire ressentir aux autres.” C’est l’effet que Layover de Katrina Jackson m’a fait.

Lena Ward is an unhappy travel blogger with a less than 24 hour layover in her hometown. She spends the day with Tony Dembélé, a podcaster she’s been flirting with for a few months online. In their brief time together Lena confronts some hard truths about her life and her past and the two test the waters of their connection.

Lena Ward est une bloggeuse voyage qui n’est pas heureuse. Lors d’une correspondance de moins de 24 heures dans sa ville d’origine, elle passe la majorité du temps avec Tony Dembélé, un podcasteur avec lequel elle flirte en ligne depuis quelques mois. En sa compagnie, elle prend conscience des émotions qu’elle cherche à fuir depuis deux ans.

Une situation contemporaine

Une bloggeuse voyage, un podcasteur… Cela fait partie des métiers qui font rêver alors que peu de gens trouveraient le bonheur à faire ces activités parce que créer du contenu digital demande de l’autodiscipline et un investissement de temps pour publier régulièrement. Néanmoins, ce qui m’a plu, c’est que Katrina Jackson nous montre les coulisses. Je veux dire qu’elle ne se contente pas de nous raconter, elle décrit le processus créatif avec ses certitudes mais surtout avec ses doutes. Créer en donnant le meilleur de soi est difficile. Et si la création de contenu est la base nécessaire pour ce genre d’activité professionnelle, le marketing peut s’avérer la partie la plus compliquée. C’est pour cette raison que Lena et Tony font aussi réalistes.

Une diversité culturelle

M’intéressant à la culture coréenne depuis plus de dix ans maintenant, je suis consciente de ce qu’est l’envie d’écrire sur une culture autre que la sienne et l’enjeu de représentation. Tony est un Africain-Américain car il est fils d’immigrés sénégalais. Il est Musulman. Il vient d’une famille unie… Ces éléments font partie de son personnage sans que cela soit remis en cause ou considéré comme une anomalie. On reproche souvent aux Noirs US d’ignorer les expériences et les histoires des Noirs hors États-Unis. Je ne vais pas mentir. Quand j’ai lu la scène de leur première rencontre, j’ai eu peur qu’on se retrouve avec les stéréotypes habituels, mais Katrina Jackson a joué sur la caractérisation du personnage de Tony avec subtilité. Pour Lena, le fait même que son personnage soit originaire d’ Oakland permet de faire le lien avec l’histoire des Afroaméricains car Oakland est la ville où est né le parti des Black Panther. Mais encore une fois, Katrina Jackson normalise cet élément en le présentant avant tout comme un lieu de vie, comme un lieu où règne un esprit de communauté.

Un amour sain

Plus je vieillis et plus je me rends compte du matrixage de nos esprits par rapport à l’amour. Toute notre société est construite sur la femme au service et à disposition des hommes. La relation de couple hétérosexuel où la femme a l’espace pour exprimer sa vulnérabilité en toute confiance est un mythe que je vois encore trop peu en fiction. Dans la Black romance que je lis, les hommes sont généralement un partenaire idéal en phase avec leurs émotions. C’est généralement le personnage féminin qui, sous couvert d’un traumatisme, a du mal à s’engager dans la relation… et peut avoir un comportement immature. Dans Layover, Lena révèle sa vulnérabilité et Tony l’accepte comme elle est. Lena garde un comportement correct envers Tony dans la limite qu’elle lui a fixé et que lui respecte sans chercher à s’imposer. La franchise dans leur discussion, le fait qu’ils communiquent réellement sur ce qui les touche étaient rafraîchissant à lire.

En 108 pages, Katrina Jackson réussit à construire des personnages complexes mais d’une simplicité qui soutient le réalisme de l’intrigue. La mention de tubes R&B des années 90 est la cerise sur le gâteau. Lisez Layover.