Génération Zouk, un voyage musical dans le temps

En général, je garde mes reviews de concerts pour Twitter ou Instagram, mais je fais une exception cette fois-ci parce que ce temps de confinement à période indéterminée m’a fait prendre conscience que Génération Zouk sera probablement mon unique concert de l’année 2020 et mon dernier concert avant au moins un an.

Je vois passer les flyers pour cette tournée fin de l’année dernière, mais j’hésite à prendre mon billet quand la date pour Paris est annoncée. Certes, le concert sera pendant mes vacances d’hiver (yay), pas très loin de chez moi (double yay) mais je n’ai pas envie d’y aller seule. Le zouk fait désormais partie de mon quotidien (mes statistiques Spotify de 2019 en sont la preuve) alors je veux vraiment que ce soit un moment de partage à la hauteur de ce que j’ai ressenti pour les 40 ans de Kassav l’année dernière. Mes attentes sont donc à un haut niveau. Je dois avouer que j’ai légèrement peur d’être déçue. Finalement, je me dis “au pire j’aurais passé un bon moment en famille” et je prends nos billets à peine trois semaines avant le jour J.

Le 22 février, nous voilà devant le Zénith de Paris. C’est la première fois que j’assiste à un concert dans cette salle. Par précaution, j’ai pris des places en gradins pour les moments de fatigue durant ces 4h de show. Un hot-dog et un Fanta plus tard, je suis prête à karaoker.

Le before

DJ Wilson s’installe aux platines à l’heure pile et lance la musique. La salle (fosse et gradins) est quasiment vide, donc c’est un peu difficile de mettre l’ambiance. Les dix premières minutes sont laborieuses. Evidemment, un bon petit tube de Kassav vient à la rescousse. Le public se met à chanter. Les taxis zoukeurs proposent un mini-show. DJ Wilson enchaîne des tubes dancehall, soca, gwoka. Les voix commencent à s’élever pour reprendre les refrains, mais ce n’est pas encore une ambiance de folie. Pour moi, le basculement a vraiment lieu quand le premier “Jilo Jilo” retentit. La voix de Fanswa Ladrezeau en accapella résonne et un frémissement général parcourt le public qui reprend en choeur les “Jilo Jilo lésé mwen alé Jilo”. Les tambours attaquent et le public bat la mesure de la tête, des mains, des pieds, de tout leur corps. A partir de ce moment, l’enthousiasme se fait vraiment sentir et l’impatience du début de concert bouillonne.

Génération Zouk

Le concert commence à l’heure. Je ne connaissais pas du tout le groupe Tanmpo Klassik fondé par Jérôme Castry, mais les quelques minutes d’introduction pour la mise en place des musiciens et choristes sont suffisantes pour garantir un son de qualité. Je les inscris sur ma liste de concerts à faire absolument post-pandémie de Coronavirus.

Je ne mémorise jamais les set list… Après consultation de mon dossier photos/vidéos sur mon téléphone, il me semble que Leïla Chicot ouvre le bal. Je passe en mode karaoké direct. Les artistes enchaînent les prestations de 2 hits. On fait des allers-retours dans le temps entre le “Lona” d’Alex Catherine “Jusqu’au bout” de Yoan & Axel Tony en passant par la “Flamme” de Slaï avec une touche “I Salé I Sikré” de Luc Léandry. Et “Tant Pis” à la Stony si on a la voix cassé au bout de 20 minutes de show, Lorenz nous fait “Touné” alors que Marvin nous éclaire avec un doux “Coup de soleil”, mais le “Coup de Foudre” de Thierry Cham m’achève pour me faire voguer sur un “Océan”.

Sylviane Cédia a la lourde tâche d’ouvrir la seconde partie, ce qu’elle fait magistralement. Elle commande la scène avec sa guitare, tout dans une flamboyance sobre. C’est après que j’ai un peu plus de mal à rester dans l’ambiance. Je ne vais pas mentir, je trouve que la deuxième partie a moins d’énergie que la première. N’Jie a beau nous faire crier “Chui Chui Chui “, j’ai beau m’égosiller sur “Tu me Manques” avec Harry Diboula et j’ai beau applaudir Joëlle Ursull qui danse comme au premier jour… Quand le final arrive, je n’ai pas l’adrénaline aussi haute que j’aurais dû avoir, surtout quand je vois à quel point j’étais enthousiaste au moment de l’entracte. Certes, il y a la déception de ne pas avoir chanté “Natirèèèèèèèèèèèl” puisque Sonia Dersion était absente et c’est LA chanson que j’attendais… Mais je pense sincèrement que la setlist était mal répartie. J’imagine bien qu’il y a plusieurs paramètres à prendre compte comme les transitions musicales, l’équilibre du temps en sur scène, l’alternance entre solo et duo, les ego des artistes et l’ancienneté de carrière… Peut-être que cette setlist fonctionnait dans la fosse, mais de mon point de vue des gradins, non. Avec les artistes présents ce soir-là et le fait que ce soit une salle parisienne, ce sont Slaï et Thierry Cham chez les hommes et Joëlle Ursull et Fanny J chez les femmes qui auraient dû clôturer la soirée. #isaidwhatisaid.

Cette remarque reste mon unique bémol de la soirée, car nous avons passé un très bon moment.

Le mot de la fin

Si on m’avait dit un jour que j’assisterai à un concert de zouk, je ne l’aurais pas cru il y a encore 4 ans. J’ai été impressionnée par la qualité du live et par le professionnalisme de tous les artistes. En particulier, chez la “jeune” génération. J’ai apprécié les efforts vestimentaires et de mise en scène. Certaines ont joué la carte paillette, d’autres la carte sobriété mais toujours avec classe et élégance. Spéciale dédicace à Joëlle Ursull dont la tunique portait des drapeaux Gwadloup rouge jaune vert. Les hommes n’étaient pas en reste, même si certains artistes auraient pu faire un effort, je sais qu’on est entre nous et à la maison, mais la vibe tonton-chemise-jean-du-lundi-au-dimanche… Quand même… Mais pour moi, cette diversité vestimentaire reflète notre diversité d’approche du mot “divertissement”.

Voir ces générations s’entrecroiser permettaient de faire un véritable voyage dans le temps, le genre de voyage qui recharge les batteries afin de repartir affronter le quotidien… Musicalement, ce concert illustre aussi l’emprise du zouk love actuelle et la difficulté du zouk à se renouveler en tant que genre musical. Il est prévu pour Bercy l’année prochaine, ce qui montre que le public est au rendez-vous. Quand, le zouk sera bien établi comme pop music internationale, j’espère que nos artistes en bénéficieront. Ils le méritent.