CDTEC #4 – Miami by les transports en commun (2/2)

Si lointaine me paraît l’époque où je passais 3 à 4 heures quotidiennement dans les transports… Je garde le souvenir de la fatigue et de la frustration provoquées par les retards à répétition, le froid ou la promiscuité des heures de pointe. Mais il y a aussi ces rencontres qui m’ont fait sourire, rire, réfléchir. Ce sont ces fragments de vie que je souhaite partager dans mes chroniques de transports en commun.


Si vous n’avez pas lu mes premières anecdotes à Miami, cliquez ici. Je continue.

# 4 – Le “comique”

Nous sommes en route pour Ocean Drive. Un couple dans la soixantaine monte à bord pendant que nous sommes encore dans le centre-ville. La femme s’assoit alors que l’homme s’assure au près du conducteur qu’ils sont dans la bonne direction. Leur échange se fait en anglais. Il s’assoit à côté de sa femme et ils conversent en espagnol. Au premier arrêt sur l’avenue longeant la baie de Biscayne, près du Bayside Marketplace, une famille monte. Ce sont des touristes comme nous. Le père, la mère, la fille aînée dans la vingtaine, deux fils (13/14 ans et 10/11 ans). Tous habillés de façon décontractée mais classe. Une famille Instagramable donc. La fille demande leur chemin au conducteur. Elle a l’air au bout de sa vie. Elle est probablement la seule à assurer la charge mentale de la traduction. Le père se met à parler français pour répéter à sa fille ce qu’il faut demander. Apparemment, ils doivent partir en croisière mais ne trouvent pas le point de rendez-vous. Le conducteur commence à répondre, mais sa réponse ne semble pas correspondre à ce dont ils ont besoin. Le petit monsieur hispanophone-anglophone se lève et commence à leur parler dans un français avec une telle fluidité que j’ai failli faire tomber mon smartphone. Il assure la traduction et leur donne le chemin à suivre et qu’ils n’ont pas besoin de prendre le bus. Le père et la mère remercient à profusion. La fille le remercie chaleureusement au bord des larmes. Quant aux deux fils, ils quittent le bus comme ils y sont montés. Imperturbables, les yeux rivés sur leur téléphone. Le bus repart. Le petit monsieur se remet à écrire dans son calepin. Je ne peux m’empêcher de me demander quelle a pu être la vie de cet homme d’apparence ordinaire qui maîtrise trois langues à la perfection, vient en aide à des gens et se refond humblement dans la masse comme si de rien n’était.

# 5 – La complicité

Nous sommes dans le métro. J’observe le paysage urbain par la vitre. Une femme dans la soixantaine s’assoit à ma droite. À l’arrêt suivant, c’est un homme aussi passé la soixantaine qui s’assoit devant moi. Son siège étant perpendiculaire aux nôtres, il est de profil par rapport à nous. Elle me demande en anglais si elle est sur la ligne verte. Il s’adresse à elle en espagnol en lui demandant d’où elle vient. Sur un ton méfiant, elle répond être cubaine. Lui aussi. Je ne comprends pas le reste de la conversation parce qu’ils parlent vite. Je comprends juste qu’elle est à Miami depuis 3 mois chez sa fille et que ce n’est pas facile toujours. Je les trouve tellement adorables que je ne peux m’empêcher de sourire. L’homme s’en rend compte et se tait. Je reprends une expression neutre, mais ils restent silencieux… jusqu’à ce qu’il lui demande où elle descend. Réponse : l’arrêt après le nôtre. Il lui glisse “discrètement” un bout de papier sur lequel je vois un numéro de téléphone. Une fois descendue, je me retourne et constate qu’il a pris ma place pour passer ces “derniers” instants avec elle.

#6 – La serviabilité en retour

Nous sommes assises à l’arrêt du bus. Une jeune femme vient à nous et nous demande comment fonctionne l’automate. Me voilà passant 5 minutes à lui montrer comment ça fonctionne pendant qu’elle m’explique le pourquoi du comment elle ne sait pas comment s’en servir. Elle n’utilise plus les transports depuis quelques années et ne connaissait pas l’existence du nouveau système. Je ne suis pas étonnée, car la ville est clairement pensée pour la voiture. Pas pour les transports en commun. Elle récupère son ticket, me remercie et s’éloigne. Elle a déjà validé son ticket quand elle me demande en criant à cause de la distance s’il y a des distributeurs automatiques de boissons dans la gare. Je lui crie que je ne sais pas, que j’en ai jamais vu. Elle me remercie une nouvelle fois en disant que j’ai été une bénédiction. Pour le nombre de personnes que j’ai déjà aidées à trouver leur chemin, c’est la première fois que je recevais ce genre de remerciements. Je suis consciente qu’il ne s’agit que d’une expression, mais elle fait toujours plaisir à entendre.

J’ai encore quelques anecdotes sur nos tribulations dans les transports en commun, notamment sur le comportement irrespectueux des espaces qui m’a mises hors de moi. Je préfère garder le positif et me souvenir des moments de douceur de ce premier séjour à Miami. Malgré la climatisation à fond, lire les consignes en créole haïtien me réchauffait le cœur à chaque fois. Je ne suis pas en train d’idéaliser Miami. J’ai bien vu la division raciale du travail. J’ai vu aussi la misère, mais il n’empêche que c’est la première fois que je me suis sentie aussi bien dans une ville étrangère. Je l’attribue uniquement à la vibe caribéenne des lieux que nous avons fréquentés. Je ne suis pas sûre d’avoir le courage d’utiliser encore les transports en commun pour faire du tourisme dans une vingtaine d’années. Faire un budget transport VTC sera probablement envisageable, mais l’envie de vivre ces moments du quotidien m’y fera sûrement réfléchir à deux fois.