Conversation Mwen/Me/Moi avec “Waiting to exhale”

J’ai d’abord connu Waiting To Exhale dans son adaptation cinématographique. Sorti en 1995, le film était rediffusé régulièrement sur Archipel 4… ou alors était-ce Eclair TV ? BREF. Ce n’était pas RFO, c’est sûr. J’avais une dizaine d’années, période où la quête de mon identité en tant que femme noire antillaise commence. Sans faire du http://www.mylife.com, j’ai grandi dans un entourage restreint, avec un réseau amical quasiment inexistant. A part ma mère, je n’avais pas de femmes noires adultes dans ma vie sur qui projeter mes aspirations ou me conforter sur les ambitions que j’avais. Le quatuor féminin de ce film est donc longtemps resté ma représentation unique de la diversité et de la complexité de ce que pouvait être une femme noire.

Publié en 1992, Waiting to Exhale raconte les tribulations amoureuses de 4 amies afroaméricaines dans la ville de Phoenix en Arizona. Mère de deux enfants, Bernadine vit un divorce douloureux alors qu’elle se rend compte qu’elle avait oublié ses rêves d’entrepreneuse pour devenir une épouse-trophée. Propriétaire de son salon de coiffure, Gloria n’a connu qu’un seul homme, le père de son fils, et supporte de moins en moins sa solitude de mère célibataire. Savannah veut devenir une productrice TV reconnue mais aussi trouver un homme qui accepte son ambition et son besoin d’indépendance. Amoureuse d’un fvckboi avant même que le terme n’existe, Robin ne rêve que d’une chose : se marier et fonder une famille.

L’intrigue se déroule entre 1990 et 1991. Au cours de cette année qui marque le début de la dernière décennie du 20ème siècle, ces femmes ayant réussi leur carrière professionnelle n’arrivent pas à trouver la stabilité amoureuse dont elles rêvaient. Mon moi de 10 ans ne voyait que des femmes belles, intelligentes et qui avaient l’argent pour faire ce qu’elles voulaient. Mon moi de 30 ans et des poussières commence à comprendre leurs doutes et leurs interrogations.

La peur de suivre ses rêves

Dès l’adolescence, je savais que je ne voudrai jamais être Bernadine brillamment interprétée par Angela Baessett. Renoncer à mes rêves à cause de mon mari ? Hors de question. Par contre, ce que je n’avais pas envisagé serait de renoncer à mes rêves à cause de ma peur de l’échec. Et pourtant, c’est ce qui est arrivé… Identifier sa passion et ensuite s’y consacrer corps et âme demande un courage que je n’avais pas dans la vingtaine mais que je construis dans ma trentaine.

La peur de la solitude

Avant de lire le roman, c’est l’expression que j’aurais employée pour décrire la petite voix qui me murmure “et toi ?” quand j’apprends qu’un.e ami.e s’est marié.e ou est devenu.e parent. Certainement mon côté Robin idéaliste qui reconnaît ouvertement qu’elle veut recevoir d’un homme l’amour et la loyauté qu’elle donne… Mais je me suis rendue compte au cours de cette année que cette voix n’était pas la mienne. Elle est celle de la société qui est toujours là à te poser des questions “est-ce que t’es en couple ? est-ce que t’as des enfants ? Non ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?”… J’ai peut-être manqué des occasions au cours de ces années d’introspection, mais j’ai aussi appris et je continue d’apprendre à vivre avec moi, à être heureuse avec moi et franchement ? Je suis plutôt cool.

La peur d’aimer et d’être aimée

A l’heure actuelle, je pense être un mix de Gloria et de Savannah. Gloria n’a pas suffisamment confiance en elle pour chercher un homme autre que celui qui l’a blessée au début de sa vie d’adulte. Savannah vit longtemps son besoin d’indépendance comme un fardeau avant de s’en servir pour devenir une meilleure version d’elle-même. Tout au long du roman, elles font un cheminement intérieur pour ne plus subir leur célibat mais l’accepter comme une situation qui ne définit pas leur valeur. On n’insiste pas suffisamment sur comment s’aimer soi avant d’aimer les autres et d’être aimée. Je ne parle pas du fait d’être narcissique. Je ne parle pas de “self-care”… ou en tout cas la définition que j’en donne. Je ne parle pas de ces moments de survie ou de résilience ou de guérison dont on sort plus forte que jamais. Je parle de l’amour de soi où on se contente de savourer son bonheur, où on profite de l’instant présent. Trouver cette sérénité d’abord avec moi-même, c’est ça ma priorité.

Rien n’est définitif

Ce roman a bientôt 30 ans c’est-à-dire quasiment mon âge. Pourtant, il reste intemporel. Ce que ces femmes noires occidentales de la classe moyenne vivent, ressentent a très peu changé par rapport à ce que nous vivons et ressentons aujourd’hui. Leur façon de s’exprimer était peut-être moins politiquement correct et plus problématique, mais elles restent aussi authentiques qu’aujourd’hui. Dans le tourbillon de confusion incontrôlable, leur sororité reste l’unique valeur sûre. Dans la suite intitulée Getting To Happy où elles ont la cinquantaine, elles connaissent de nouvelles mésaventures amoureuses et doivent se reconstruire… Je ne me sens pas encore prête à la lire. Peut-être le serai-je dans deux ou trois ans. Je sais en tout cas qu’elles seront là pour moi comme elles l’étaient les unes pour les autres.

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