Kassav’, zouk et héritage

[The English version is available on Medium]


J’ai passé ces derniers jours un peu dans le brouillard alors que la Guadeloupe, la Martinique et le monde afro international pleurent la mort de Jacob Desvarieux. Quel sentiment étrange de ressentir aussi profondément l’absence de quelqu’un qu’on ne “connaît” qu’à travers sa musique.

La musique de Kassav’ a toujours fait partie de ma vie. Elle était à la radio quand ma maman m’emmenait en voiture à l’école. Elle était dans chaque rue quand on allait faire les magasins le samedi. Elle était dans chaque célébration familiale. Elle était la seule musique de Guadeloupe que j’acceptais de me remémorer avec tendresse alors que je rejetais mon identité caribéenne pendant toute ma vingtaine. Le concert des 40 ans de Kassav à Paris en 2019 a validé mon voyage de la guérison entamé trois ans plus tôt.

Alors que des messages du monde entier inondaient mes fils Twitter et Instagram, alors que les gens partageaient ce que Kassav signifait à leurs yeux, je me demandais: Jacob Desvarieux en était-il conscient ? Je pense que oui. C’était obligé qu’il le soit. Chaque membre de Kassav doit savoir désormais l’impact que le groupe a eu sur le monde. Depuis le début, ils racontent nos histoires, ils ont le contrôle des récits qui les concernent, qui nous concernent. Leur musique toujours chanté en créole élève notre peuple… Je trouve ça fascinant que tant de Noirs chantent leurs chansons sans savoir ce qu’ils disent exactement. Cela prouve, encore une fois, que la musique ne connait aucune barrière.

“I ja lè pou lèmond savé kè lé Zantiy ka èkzisté”, il est temps que le monde sache que les Antilles existent, chantait Kassav dans “An Ba Chen’n-la” [t/n: “Sous les chaînes”]. Oui, nous existons. Oui, nous sommes nés dans un moment sombre de l’histoire, mais nous nous sommes mis debout et restons debout. Encore et toujours. Alors que les premières notes de “Kavalié O Dam” résonnaient et que les porteurs posaient le cercueil de Jacob Desvarieux sur leur épaule, mon coeur souriait. Et là, ils ont commencé à danser et je me suis sentie en paix. Comment être triste face à l’incarnation de la vie, même dans la mort? Comment être triste quand on ressent la puissance d’un héritage aussi grand?

Kassav m’a appris trois choses : crée dans l’intention, ton art doit exprimer l’amour de soi et l’amour des autres, sois Caribéen.ne sans t’en excuser ni te justifier.

Quel est votre héritage Kassav ?

Photo by Nicolas Brulois on Unsplash

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