Séries US vs. K-Dramas vs. Séries françaises

Ceci aurait peut-être dû être le tout premier article, mais je suis enthousiaste, donc j’ai choisi de rentrer directement dans le vif du sujet avec mon avis sur la saison 5 de Drop Dead Diva. Okay, j’ai ouvert un blog sur les séries US, françaises et coréennes, mais pourquoi y trouve-je donc mon bonheur ?

HS : Je suis un peu obsédée par les chiffres, donc pour ce type de questions, il me faut toujours une réponse en trois points (ou un multiple de trois), sinon, rien ne va plus.

Après une longue réflexion de cinq minutes (non quand même un peu plus… 10 minutes), j’en suis arrivée à la conclusion que les différences que je voyais entre ces séries étaient complémentaires.

1) loin des yeux, près du coeur

Les séries portent une empreinte culturelle. Il y a bien sûr des thèmes universels pour bâtir une intrigue, mais les nom des personnages, la cuisine, les lieux, sont des marqueurs propres à chaque pays. Une course poursuite en plein New York n’est pas la même à Los Angeles ou à Paris ou à Séoul. En fonction du pays, on peut donc voyager. Je ne dis pas que la réalité qui nous est montrée à l’écran est telle qu’elle existe (encore heureux, sinon il y a de quoi rester barricader chez soi si on ne suit que des séries policières), mais les séries US et les K-dramas utilisent des codes que je connais mais dont je ne fais pas l’expérience dans mon quotidien, comme c’est le cas avec une série française. Les séries françaises ont donc ce côté familier alors que les séries U.S et les K-Dramas ont ce côté dépaysement.

2) Je suis un vampire, je suis un alien… et je le vis bien

La vampire-mania a été relancée par Buffy dans les années 90. Puis il y a eu le phénomène Twilight au cinéma, ce qui a permis à des séries comme Vampire Diaries et True Blood de passer du livre au petit écran. Que ce soit Star Trek, Firefly, Roswell ou les Experts déclinés en trois séries, les séries U.S se permettent de toucher à tous les genres. Que le public y adhère ou pas est un autre sujet, mais les producteurs ne s’empêchent pas de repousser les limites du réel avec des vampires et des extra-terrestres. Pareil pour les K-Dramas. Cela reste plus rare, mais Jang Geun Suk dans Alien Sam, Yeon Jung Hoon dans Vampire Prosecutor ou Shin Dong Yup, Lee Soo Hyuk et autres dans Vampire Idol, Ha Ji Won et Hyun Bin qui échangent leur corps dans Secret Garden, Lee Jong Suk capable de lire les pensées dans I Hear Your Voice (le plus gros succès pour l’instant de 2013) montrent que les K-Dramas eux non plus n’hésitent pas à piocher dans le surnaturel. En France… C’est plus compliqué. De mémoire je n’arrive qu’à citer la série Mon père dort au grenier diffusée en 2008 pour les vampires, Foudre ou David Nolande (2006) , je ne vois pas de série française qui touche au surnaturel à part Joséphine Ange Gardien.

Je n’ai rien contre le fait d’être cartésien, terre-à-terre et suranalyser le sens de la vie, mais c’est vrai que c’est ce manque de diversité dans le paysage audiovisuel français qui m’a poussé à me tourner vers les séries US et les K-Dramas. Depuis quelques années, les séries françaises réussissent à faire de la comédie avec le format court. Caméra Café, Kaamelot, Nos Chers Voisins etc mais je suis fan des formats du type 40 minutes et plus et les séries US et les K-Dramas me conviennent plus pour un registre léger.

3) Un début, un milieu et une fin

Ceci est plus par rapport au style d’écriture des séries et au fonctionnement de l’industrie audiovisuelle de chaque pays. Pour schématiser, les Etats-Unis = “forever to be continued” ; la France = “je vais au hasard de la route” ; la Corée du Sud = “je pars de A pour arriver à Z et je ne vais pas plus loin”. Je m’explique.

Les producteurs des séries US sont toujours dans le sensationnel et dans le rebondissement pour espérer avoir une saison en plus. Je pense que ce n’est tout simplement pas concevable pour eux de se dire “je fais cette série de 6 ou 12 épisodes et ça n’ira pas plus loin.” Même si une chaîne commande une saison d’essai, il y a toujours l’espoir que le public sera au rendez-vous et que la série connaîtra des épisodes supplémentaires. C’est bien quand on accroche à une série à laquelle tout le monde finit par accrocher (Ex : Scandal) mais quand on aime une série qui a un public loyal mais restreint, on se retrouve généralement avec un dernier épisode en forme de cliffhanger de la mort et on ne saura jamais la suite (John Doe, et oui, j’assume) ou alors avec une fin décevante parce qu’il n’y a pas de saison supplémentaire pour essayer de changer cet avis et là, je pourrais citer beaucoup… TROP de séries.

C’est l’inverse pour les séries coréennes. Il y a bien sûr des dramas à suite comme Rude Miss Young Ae qui en est déjà à sa 11ème saison, mais le programme TV est organisé de façon à ce que les séries occupent les soirées sur les chaînes principales. A raison de deux épisodes par semaine et par drama pour des formats de 16, 20, 24 épisodes voire plus, là où un série US va s’étaler de septembre à mai/juin, une série coréenne est diffusée généralement sur deux à trois mois. Il faut donc donner matière à regarder pendant toute l’année. C’est un rythme contraignant qui pose des problèmes de dysfonctionnement au coeur même de l’industrie mais je reviendrai sur ce point dans un autre article. C’est également un rythme de visionnage contraignant pour le téléspectateur qui doit établir une priorité de ce qu’il veut regarder à la télévision et ce qu’il suivra avec les rediffusions et le téléchargement pour rester à jour. Partir d’un point A pour arriver au point Z, cela me convient parfaitement. Il m’arrivera peut-être de ne pas aimer le cheminement, de ne pas aimer la fin, mais au moins je sais que je m’embarque pour un voyage où il y aura un terminus.

Les séries françaises balancent entre ces deux perspectives. Pour des raisons de coût, d’investissement et de place dans la grille des programmes, elles ne sont pas mises en position de rendez-vous incontournable. Ou plutôt, elles ne sont plus en position de rendez-vous incontournables. Jusque dans les années 90, les feuilletons vivaient de beaux jours à la télévision françaises. La France a vibré avec Janique Aimée, avec Belle et Sébastien ou Pause-Café. L’ouverture de l’offre, l’augmentation des frais de production et le phénomène de globalisation culturel ont rendu les séries étrangères plus rentables. C’est un cercle vicieux puisqu’il y a peu d’offre, la demande est d’autant plus faible et il y a d’autant moins d’investissement pour offrir une offre de qualité. Le genre policier est le premier genre de prédilection. Il permet de toucher (mais pas analyser) une variété de thèmes en fonction des enquêtes au fil des épisodes. Ou alors il y a le genre familiale avec des ados ou des familles en difficulté qui connaissent un happy ending. Trouver des séries qui opèrent hors de ce schéma est difficile, ce qui fait que les tentatives d’originalité restent timides et limitées. Pour être sûr d’atteindre un taux d’audience minimum où l’investissement n’est pas complètement raté, on essaiera de ne pas en “faire trop” pour ne pas rebuter un public potentiel. Le voyage se fait donc sur un parcours balisé de crainte de ne pas trouver la ligne d’arrivée qui reste toujours pourtant en ligne de mire.

Dans le genre fantastique, David Nolande est vraiment le seul exemple qui m’a marquée sur ces dix dernières années, et dans le bon sens du terme. Dans le genre comédie romantique, la saison 1 de Clara Scheller (et la 2 avait du potentiel, mais bon…) et je citerai Clash dans le genre ado… Alors je n’ai pas une avalanche d’exemples pour la fiction française, mais ils sont là donc je ne crois pas à l’immuabilité de l’équation “le reste du monde” > “séries françaises”. Une fiction avec une intrigue tenant la route sur un vampire, un ado tueur, un alien ou une comédie romantique qui ne fasse pas guimauve… Il ne faut que le bon producteur, le bon scénario, les bons acteurs et la chaîne qui investira comme il se doit. Plus facile à dire qu’à faire, mais j’y crois !