Pour ce second voyage dans mes souvenirs, j’ai choisi Nèg Maron de Jean-Claude Barny. Je l’intègre dans la thématique de la représentation de l’esclavage parce qu’il traite des inégalités au sein de la société antillaise du XXIe siècle en les reliant à la société structurée autour de l’esclavage légalisé entre le XVIIe et le XIXe siècle.

Je voulais en faire une review, mais en toute franchise, le film m’a laissé plus d’interrogations qu’un enthousiasme débordant, donc je préfère m’abstenir . Néanmoins, du fait même de sa simple existence, je considère Nèg Maron comme un film important en tant que pierre à l’édifice du cinéma antillais.

Màj du 09.05.16: j’ai ajouté la telenovela brésilienne Les couleurs de la liberté pour évoquer la situation post-abolition de l’esclavage.

C’est le 1er mai 2016. En cinq mois, il y a eu #Oscarssowhite, campagne Twitter pour les Etats-Uniens qui a lancé des pseudo-débats sur la représentation des non-blancs dans le cinéma français et le consensus était que le problème n’était pas si grave en France. Il y a eu le film Chocolat porté par la popularité d’Omar Sy en remettant dans l’ombre la pièce de théâtre avec Yann Gael. Il y a eu Zita Hanrot, César du meilleur espoir féminin, que les médias se sont empressés de transformer en “symbole de la diversité du cinéma français parce qu’elle est la première femme noire césarisée”, en oubliant au passage que la première femme noire césarisée était Euzhan Palcy. Il y a eu la campagne visuelle des citoyens anonymes pour écrire le nom de Pascal Nzonzi sur les affiches du film Les Visiteurs 3. Et il y a eu une ministre faisant en direct une comparaison entre les femmes voilées et “des nègres afr… américains qui étaient pour l’esclavage”. Le fait même que cette comparaison suscite uniquement un débat ayant abouti à “pourquoi les Blanc n’auraient-ils pas le droit de dire le mot nègre ?” soulignent la méconnaissance de “notre histoire, de celle des nègres « afric… », des nègres américains et de manière sous-jacente … des nègres antillais,” comme l’écrit Gilbert Pago en rappelant que les esclaves des Antilles se sont eux aussi battus et pris les armes pour obtenir leur liberté. Pas plus tard que cette semaine, Enjoyphoenix a présenté ses excuses pour avoir employé l’expression “really nigga?”. Dire qu’il reste 7 mois avant la fin de 2016…

disclaimer: I don’t own the gifs.

Cela fait désormais plus d’un mois que Beyoncé a sorti “Formation”. On a beaucoup écrit sur le symbolisme du clip-vidéo, on a décrypté chaque image, chaque parole pour en faire une lecture politique. On a débattu sur “Beyoncé se sert-elle de la Cause pour son profit personnel ?”. Il a fallu expliquer pourquoi le clip-vidéo est un message contre la brutalité policière et non pas contre la police, pourquoi les paroles de “Formation” peuvent créer un malaise chez un auditeur Blanc (et le Saturday Night Live a bien mis en scène en quoi ces white tears n’avaient pas lieu d’être). Il y a eu des dissertations pour démontrer en quoi Beyoncé ne serait pas légitime pour participer au mouvement de sa communauté qui réclame une “égalité réelle” depuis des décennies. On a ressorti la liste des célébrités africaines-américaines qui, elles, ont fait entendre leur voix pour les nobles combats au risque de perdre leur carrière. Quand Kendrick Lamar a fait sa performance lors des Grammy Awards, il y a de nouveau eu débat sur le fait que lui ait le courage d’utiliser cette plateforme pour parler des problèmes alors que Beyoncé aurait juste voulu faire le buzz à sa gloire personnelle sur la plateforme commerciale qu’est la mi-temps du Super Bowl. Au final, j’ai toujours l’impression de ne pas écouter la même chanson que ceux qui ont offert toutes ces analyses. Pour moi, “Formation” est avant tout un egotrip où Beyoncé a répondu directement aux critiques qu’on a pu lui faire depuis le début de sa carrière.