Après avoir remonté le temps en partant des Antilles des années 2000 avec Nèg Maron pour arriver aux Antilles du XVIIIe siècle avec Tropiques amers et Case Départ, faisons une escale du côté de l’Amérique du Nord avec The Book of Negroes (2015) et Underground (2016). Alors que la saga Roots fête ses 40 ans l’année prochaine et que son reboot 2016 sera diffusé dans quelques jours, la production nord-américaine sur la question de l’esclavage aux Etats-Unis continue d’explorer le sujet dont le système de représentation évolue.

Après Nèg maron et Tropiques amers, intéressons-nous au film Case Départ. La polémique que le film a déclenchée dès le tournage montre à quel point le sujet de l’esclavage est sensible pour notre génération du début du XXIe siècle. Au-delà de l’aspect comédie et de la question “peut-on rire de l’esclavage” parce que ce n’est clairement pas le propos du film, on peut quand même s’interroger sur la façon dont le film perpétue ou change l’approche française dans la représentation de l’esclavage aux Antilles.

Pour ce second voyage dans mes souvenirs, j’ai choisi Nèg Maron de Jean-Claude Barny. Je l’intègre dans la thématique de la représentation de l’esclavage parce qu’il traite des inégalités au sein de la société antillaise du XXIe siècle en les reliant à la société structurée autour de l’esclavage légalisé entre le XVIIe et le XIXe siècle.

Je voulais en faire une review, mais en toute franchise, le film m’a laissé plus d’interrogations qu’un enthousiasme débordant, donc je préfère m’abstenir . Néanmoins, du fait même de sa simple existence, je considère Nèg Maron comme un film important en tant que pierre à l’édifice du cinéma antillais.

Màj du 09.05.16: j’ai ajouté la telenovela brésilienne Les couleurs de la liberté pour évoquer la situation post-abolition de l’esclavage.

C’est le 1er mai 2016. En cinq mois, il y a eu #Oscarssowhite, campagne Twitter pour les Etats-Uniens qui a lancé des pseudo-débats sur la représentation des non-blancs dans le cinéma français et le consensus était que le problème n’était pas si grave en France. Il y a eu le film Chocolat porté par la popularité d’Omar Sy en remettant dans l’ombre la pièce de théâtre avec Yann Gael. Il y a eu Zita Hanrot, César du meilleur espoir féminin, que les médias se sont empressés de transformer en “symbole de la diversité du cinéma français parce qu’elle est la première femme noire césarisée”, en oubliant au passage que la première femme noire césarisée était Euzhan Palcy. Il y a eu la campagne visuelle des citoyens anonymes pour écrire le nom de Pascal Nzonzi sur les affiches du film Les Visiteurs 3. Et il y a eu une ministre faisant en direct une comparaison entre les femmes voilées et “des nègres afr… américains qui étaient pour l’esclavage”. Le fait même que cette comparaison suscite uniquement un débat ayant abouti à “pourquoi les Blanc n’auraient-ils pas le droit de dire le mot nègre ?” soulignent la méconnaissance de “notre histoire, de celle des nègres « afric… », des nègres américains et de manière sous-jacente … des nègres antillais,” comme l’écrit Gilbert Pago en rappelant que les esclaves des Antilles se sont eux aussi battus et pris les armes pour obtenir leur liberté. Pas plus tard que cette semaine, Enjoyphoenix a présenté ses excuses pour avoir employé l’expression “really nigga?”. Dire qu’il reste 7 mois avant la fin de 2016…