Karukerament Hors Série 3 sur la représentation de l’esclavage dans la fiction audiovisuelle française

Entre l’organisation pour la reprise du travail en présentiel avec le COVID-19 et l’organisation pour le télétravail, en passant par la réorganisation de karukerament.com et de mes comptes Instagram, plus l’écriture de ma fiction Bay La Vwa… Je suis sous pression depuis une dizaine de jours. Et évidemment, c’est là que la muse a chanté pour me rappeler cette idée que j’ai depuis deux ans… Et comme mon cerveau n’attendait que ça pour me détourner des obligations que je fais sans grand enthousiasme, me voilà donc avec un hors-série 3 pour mon podcast Karukerament.

Pour le mois de mai qui est le mois de célébration des abolitions de l’esclavage en France, je me suis donc lancée dans la création d’un manuel audio de la représentation de l’esclavage dans la fiction audiovisuelle française. Evidemment, je fais des comparaisons avec les productions britanniques, brésiliennes et états-uniennes sur la question. C’est un manuel audio en 6 parties. Chaque épisode dure une vingtaine de minutes, mais le temps pour écrire correspond au temps où j’écris pour karukerament.com et pour myinsaeng.com. Je préfère donner la priorité à mon hors-série 3 donc je ne mettrai pas à jour le blog en ce mois de mai.

Karukerament est disponible sur Apple Podcasts, Spotify, Anchor et Podcloud. Vous pouvez le streamer aussi sur mon site karukerament.com

Myinsaeng a 4 ans

Je n’ai pas l’habitude de célébrer l’anniversaire du blog. Non pas que j’oublie car WordPress me le rappelle mais je n’avais pas atteint un niveau de satisfaction pour faire cette pause bilan. Oui, car pour moi un anniversaire est synonyme de bilan. Si le positif ne contrebalance pas le négatif alors pourquoi en parler ?

Aujourd’hui, je garde la même perspective, mais j’ai appris à donner de l’importance à ce qui me semblait insignifiant auparavant. Je prends le temps de faire ce bilan en ce moment de confinement pour garder une trace.

Une création imprévue ?

Je bloggue depuis une vingtaine d’années. Un jour, je vous parlerai de mes premiers Skyblogs. Mon intérêt pour la Hallyu m’a poussée à créer un Blog de traduction d’interviews d’acteurs et d’actrices. The Sunny Town ouvre ses portes en 2013. Parmi les 400 et quelques interviews que je traduis du coréen vers l’anglais jusqu’à 2017, je glisse quelques articles en français. Surtout des reviews de dramas, de (web)séries US et mes recaps quotidiens de la série Cut lancée en 2013.

Je finis donc par aménager un Blog dédié à cette envie de donner mon opinion sur la fiction audiovisuelle. Je déplace les articles utiles vers ce nouveau blog (d’où le fait que vous trouviez des articles antérieurs à 2016) que je baptise avec un nom copyrighté. Heureusement que je suis contactée à ce sujet quelques semaines plus tard après mon ouverture en avril. Je dois changer le nom. Je décide d’utiliser le mot coréen “insaeng” qui signifie “vie” afin d’éviter le plus possible de me retrouver dans cette situation. Myinsaeng apparaît donc en mai 2016.

Ce que j’avais anticipé et qui n’est pas arrivé

À la base, je pensais que mon blog me permettrait de rencontrer des personnes avec les mêmes centres d’intérêt que moi. On aurait discuté de ces séries et de ces livres pendant des heures, on aurait fait des séances de visionnage collectifs, on aurait écrit des fanfics. Je voulais retrouver le sentiment d’appartenance à une communauté que mes années de fangirling m’ont donné. Ce n’est pas arrivé.

À la base, je pensais que mon blog suffirait à satisfaire mon besoin de m’exprimer. Au bout de trois ans, j’ai dû me résoudre à l’ouverture d’un site pour organiser le contenu que je produis et ouvrir le champ des possibles.

Ce que je n’avais pas anticipé et qui s’est produit

Je ne fais pas partie d’une communauté mais j’ai fait des rencontres individuelles qui changent ma vie. Parfois, ce n’était qu’un partage de lien sans me parler directement. Parfois, il n’y a eu qu’une discussion mais c’était suffisant pour m’aider à avancer. Merci à chacune de ces personnes.

Avant la fac à Paris, prendre la parole en public ne me posait pas de problème. Après la fac, je ne pouvais même plus imaginer m’adresser à plus d’une personne en même temps. Écrire ce blog m’a donné la base pour me lancer dans le podcast, d’abord en groupe puis en solo ; la base pour faire des interventions dans différents contextes. Et en plus, j’apprécie de plus en plus prendre la parole en public.

Quelle suite ?

myinsaeng.com doit ralentir car karukerament.com constitue un nouveau défi à relever. Même si je gère de mieux en mieux l’organisation de mon temps libre, la période de confinement m’a bien fait comprendre que je ne pouvais pas TOUT faire avec la même intensité. Il faut établir des priorités… Et karukerament.com sera la priorité n°1 pour les 2 prochaines années. Rendez-vous pour le bilan en 2022.

[Focus Karayib] Grégory Privat ou un big bang créatif

J’ai l’impression que chaque année m’apporte un coup de coeur musical de jazz caribéen. 2018, c’était Arnaud Dolmen. 2019, c’était Stéphane Castry. 2020, c’est Grégory Privat.

J’en entends parler depuis 2018. Les Guadeloupéens et Martiniquais du jazz caribéen gravitent dans le même univers, s’invitent sur les projets des uns et des autres. On finit forcément par écouter leurs aventures en solo. L’année dernière, grâce à “Basstry Therapy”, j’ai commencé à écouter Sonny Troupé aka coup de coeur potentiel de 2021 si je réussis enfin à assister à un concert d’Expéka. Il se trouve qu’il a fait un album en duo avec Grégory Privat : “Luminescence”. Grand moment de perplexité et de curiosité.

Grégory Privat ou un big bang musical. 

D’habitude, je fais toujours une première écoute dans l’ordre de la tracklist. Pour cet album, je laisse les titres me guider. Je pense avoir commencé par “On Ka Avè Piano”. C’est le concept de l’album. Je m’attends quand même à entendre plus le ka, je m’attends à ce que la percussion prenne l’ascendant. Peut-être que je veux que le ka prenne l’ascendant… car j’ai oublié que le piano a également sa puissance particulière. Et la vitesse avec laquelle les notes se succèdent pour créer la mélodie me prend de court.

Je ne peux pas dire que j’apprécie immédiatement. Mon cerveau cherche surtout à comprendre comment l’équilibre fonctionne aussi bien. J’adore la pluie (quand je suis bien au chaud sous la couette, cela va de soi) donc je lance la piste “Rainy Day”. Là, mon cerveau arrête de réfléchir et mon cœur se laisse emporter. Créer une telle douceur avec autant d’énergie… Généralement, j’ai des fragments d’histoire qui me viennent à l’esprit quand j’écoute de la musique. Là, tout ce que j’imagine, ce sont leurs mains sur leurs instruments, j’ai l’impression d’entendre leurs mouvements, de voir leur précision. Le titre dure environ douze minutes. Je le connais par coeur, mais je me surprends encore parfois à avoir une seconde d’étonnement quand la dernière note retentit. Je sais qu’elle arrive mais je suis tellement transportée que j’oublie que chaque voyage a toujours une fin. Je crois que la première fois que j’ai écouté cette piste remonte à septembre ou octobre 2019 et je suis encore bloquée dessus au point où je n’ai pas vraiment exploré le reste de cet album. J’ai essayé, mais à chaque fois que je lance une autre piste, je coupe au bout d’une ou deux minutes et je retourne à “Rainy Day”…

Grégory Privat, un big bang musical

Au bout d’un mois, je tente quand même l’album “Family Tree”. Et là encore, je suis tellement désarçonnée que je ne l’écoute qu’une fois avant de retourner à “Rainy Day”. Début janvier, c’est le déclic avec le single “Las”, sorti un jour où je suis moi-même particulièrement épuisée après une journée de travail. Spotify me le suggère. J’écoute à cause du titre et je finis par le laisser en repeat toute la soirée. A chaque reprise, je me focalise sur un élément différent : la voix, les instruments, les paroles. Les sonorités jazzy pop futuriste se confirment avec l’album qui suit quelques jours plus tard. Cette fois-ci, je passe d’une piste à l’autre parce que j’ai envie de tout écouter. Cette fois-ci, j’ai plein d’images qui me viennent en tête surtout pour “DNA” et “Exode” qui, je trouve, auraient été parfaites pour la bande-originale de “Battledream Chronicle”. Sans surprise, “Seducing The Rain” est ma piste coup de coeur…

Et c’est celle qui me conduit à écouter “Seducing The Sun” sur “Family Tree”. Re-déclic. Et j’arrive enfin à trouver les mots pour exprimer ce qui me plaît dans la musique de Grégory Privat. Elle fait appel à mon sens de l’analyse et de la rigueur. Je me concentre d’abord sur elle en tant qu’entité que je dois décortiquer pour comprendre ce qu’elle me fait ressentir. Sa musique est complexe sous couvert d’une simplicité harmonieuse et c’est probablement pour ça qu’il arrive aussi bien à insérer de la pop électro ayant la capacité de toucher un public qui n’écoute pas de jazz habituellement.

C’est la première fois que je découvre la discographie d’un artiste de façon aussi chaotique. J’aime faire les choses dans l’ordre c’est-à-dire en suivant une chronologie parce que j’aime visualiser l’épanouissement de l’artiste d’un opus à l’autre. J’aurais commencé par son premier album “Ki Koté”, je crois honnêtement que je n’aurais pas cherché à en entendre plus. Cet album est tellement survolté qu’on a l’impression que ça explose dans tous les sens tout en restant assez traditionnel. Paradoxal, je sais. On y trouve déjà tout ce qui fait l’originalité de son style actuel mais caché derrière un style de jazz cadré.

Spotify n’a pas l’album de “Tales of Cyparis” (2013) donc j’ai écouté quelques titres via YouTube mais je préfère écouter en album et pas en audio/vidéo… Mais d’après les explications données, cet album concept reflète son côté intentionnel pour mettre la musique au cœur de la transmission culturelle. Il coche toutes les bonnes cases pour que je reste attentive à sa carrière.

P.S : musique à part, je tiens à saluer sa stratégie de communication en ligne : le site est quasi parfait, la chaîne Youtube est efficace, ses réseaux sociaux sont cohérents… Et il garde quand même une part de mystère. Une image faite pour gérer une carrière internationale.

Focus Korea – Le documentaire Jeronimo de Joseph Juhn

Un autre de mes objectifs 2020 est d’écrire plus d’articles sur la Corée en lien avec la Caraïbe. Commençons avec Jeronimo.

Réalisé par Joseph Juhn, ce documentaire raconte l’histoire de Jeronimo Lim Kim (nom coréen : Lim Eun Jo), un Cubain d’origine coréenne. Ce fils d’immigré s’est battu aux côtés de Fidel Castro lors de la révolution cubaine. Fervent partisan du socialisme, il n’a eu de cesse d’œuvrer pour créer une société sans inégalité pour tous les Cubains, les immigrés coréens inclus. Au cours des dernières années de sa vie, son but était de promouvoir et de faire reconnaître l’identité coréenne de cette communauté construite à partir de crises politiques internationales.

Pour lire ma review, je vous invite à aller sur le site de Karukerament. Ici, je parlerai avant tout de l’expérience que représente cette projection.

J’ai commencé à m’intéresser à la Corée du Sud été 2006. C’était le boom des dramas coréens en Asie. Je suis passée par une phase K-pop pendant 10 ans et j’ai obtenu une licence LLCE de coréen. Depuis, ce qui m’intéresse est de comprendre (et faire comprendre aux autres) pourquoi on peut établir des parallèles, des liens entre identité caribéenne et identité coréenne. Par contre, ce que je n’avais jamais évoqué formellement était le pour quoi c’est-à-dire quelles sont l’utilité et la finalité de cette démarche. Et je ne suis pas sûre que j’aurais pu le faire de façon aussi claire avant cette année.

Une perspective plus large

Je me doutais qu’il y avait des Coréens dans la Caraïbe, mais j’aurais instinctivement daté leur immigration après la Seconde Guerre mondiale… Je n’avais jamais pris le temps de faire des recherches à ce sujet. Les 2h30 de cette séance de projection étaient l’occasion de commencer. Il existe une communauté coréenne à Cuba depuis les années 1920. Une communauté qui se vit 100% cubaine, une communauté qui se sent 100% coréenne.

En analysant Guava Island pour l’épisode 5 de mon podcast, j’avais déjà dit que je devrais arrêter de faire l’impasse sur la Caraïbe hispanophone… Certes, c’était une question de barrière de la langue vu que je ne maîtrise plus l’espagnol. Mais en regardant ce film documentaire, je me dis que ma mise à distance de la Caraïbe hispanophone vient aussi de la représentation édulcorée avec laquelle j’ai grandi : des îles hispanophones sans Noirs. Or, ce n’est pas le cas. Bien au contraire. Et il faut aussi ajouter les Asiatiques.

Une perspective en miroir

Au cours de mes études et à travers mes propres lectures, j’ai entendu parler des difficultés de la diaspora coréenne. Mais comme d’habitude, c’était toujours dans le contexte nord-américain et européen. Pour la première fois, c’était dans un contexte caribéen.

Dans mes réflexions pour comparer identité caribéenne et identité coréenne, je me plaçais toujours du point de vue de la Corée du Sud et pas de la diaspora. Une identité culturelle est toujours en redéfinition avec les apports de l’extérieur mais cet extérieur ne signifie pas nécessairement étranger. Je sais que ça paraît une évidence. Surtout que mon expérience de personne ayant vécu dans la Caraïbe puis dans la diaspora aurait dû m’aider à prendre conscience de ce facteur… Jusqu’à présent je ne comparais que nos passés de colonisés et d’innovation culturelle, mais en réalité nous avons des questionnements identitaires contemporains similaires.

Zurich, Francfort, Rome, Paris, Londres. Tels étaient les lieux de projection pour la tournée européenne du documentaire. Le réalisateur Joseph Juhn a fait la remarque que le public parisien était le plus diversifié et qu’il en était ravi. Il a demandé notre point de vue au sujet du discours sur la diaspora coréenne dans son film. Une États-Uniennene d’origine coréenne vivant à Paris a expliqué comment elle s’identifiait à ce récit sur l’exil, au besoin de réaffirmer son identité coréenne. J’ai parlé du fait que j’établissais un parallèle avec la diaspora caribéenne. Mais j’aurais vraiment été curieuse d’entendre le point de vue des Blancs présents dans la salle. Où se situent-ils sur le spectrum sur ce récit de la diaspora coréenne car pour une fois ils n’étaient pas mis en cause directement ?

En tout cas, cette projection m’a confirmé dans ma démarche comparative entre Caraïbe et Corée du Sud. Elle m’a aussi poussé à me remettre en question sur les pistes que je refusais d’explorer ou celles auxquelles je n’avais pas pensé… Beaucoup d’heures de réflexion en perspective mais ce sera passionnant, je n’en doute pas.

Cette projection m’a aussi rappelé l’urgence de la transmission sur nos héroïnes et nos héros de l’ombre. Comme l’expliquait Alain Bidard dans son interview pour Karukerament.com, notre folklore est suffisamment riche pour alimenter un cinéma commercial. Cette source de revenus pourrait aider au développement d’un cinéma de transmission pour garder une trace de notre XXe siècle, des luttes, des morts, des victoires avec les témoignages de celles et ceux qui l’ont vécu… Le temps presse.