Histoire d’alimenter mon blog d’écriture et pour pratiquer mon écriture romance en français, je me suis lancée dans le défi écriture sexy organisé par Vicky Saint-Ange.

Note de l’autrice : c’est un texte érotique. Les personnages ne sont pas à moi. Ceci est une fanfiction basée sur la série “Une Antillaise à New-York” (Caribbean Girl NYC). En ce qui concerne le prompt… Vraiment, ça fait tellement longtemps que je n’écris plus en français. Mais disons que j’ai essayé… Et tant qu’à faire, la chanson à écouter c’est “Difé” de Meemee Nelzy (feat. Nerka). A écouter à la fin du post.


Le couteau s’abat avec la précision d’un métronome. Le giraumon, les pommes de terre, les carottes… Tel un présentateur d’une émission de cuisine, Antoine détaille chaque étape de la préparation de la soup joumou. Assise au bar qui sépare la kitchinette de l’espace salon du studio, Isabelle acquiesce en plaçant des “hm hm” au bon moment. Son cerveau continue d’élaborer des scénarios pour répondre à l’injonction du “bo chèf la” juste au-dessus du “embrasse le cuisinier” écrit sur le tablier aux couleurs du drapeau de Haïti. Le t-shirt blanc à manches longues et le jogging gris qu’il porte soulignent sa musculature qui ne l’empêche pas de naviguer avec la grâce d’un gymnaste conscient au millimètre près du marquage à ne pas dépasser. Quand il lui tourne le dos et se penche pour vérifier la cuisson des pâtés dans le four, elle rattrape juste à temps le filet de jus de goyave qui lui a coulé le long du menton avant de se reprendre par deux fois pour déposer son mug sur le bar. 

“Les pâtés sont prêts !” annonce-t-il avec un large sourire en les répartissant sur deux assiettes. “Tu peux lancer le film pendant que je lance la cuisson de la soupe.” 

C’est vrai ! Elle est là pour une séance cinéma et brunch du 1er janvier. Histoire de commencer cette nouvelle année à New-York comme à la maison. Garder le fil des conversations entre les anglais trinidadien, jamaïcain et barbadien de ses colocataires lui demande une énergie qu’elle peut sauvegarder avec Antoine. Haïtien ayant immigré après le tremblement de terre de 2010, il ne rate jamais une occasion de pratiquer son français avec elle et elle se surprend à tenir des discussions en créole beaucoup plus longues que quand elle vivait en Guadeloupe. Se retrouver dans l’appartement cozy d’Antoine pour célébrer le 1er janvier a l’effet du calme après l’ouragan de sa Saint-Sylvestre dans un club caribéen avec ses amies. Enfin, calme… C’était avant qu’il ne l’accueille avec un câlin de bienvenue alors qu’elle n’a que quatre heures de sommeil et deux années et trois jours de célibat au compteur. 

“Isabelle ?”

La main qu’il agite devant elle la ramène à la réalité. “Oui ! Le film !” dit-elle en se levant précipitemment du tabouret. “Le film ? Quel film déjà ?”

“Le film avec Kassav’ dont tu m’as parlé…”

“Siméon !” s’exclame-t-elle avec un claquement de doigts. “Je le mets à charger.”


Le générique de fin défile sur l’écran de l’ordinateur portable installé sur la table basse. Est-ce un frisson qui parcourt les épaules d’Antoine quand la bouche d’Isabelle lui effleure le cou ? Elle ne saurait dire mais elle se blottit davantage dans ses bras qu’il a gardés autour d’elle pendant tout le film. Le parfum légèrement boisé et mentholé de son gel douche embrume l’esprit d’Isabelle quand elle inspire profondément près de son oreille.

Pourtant, Antoine ne lui accorde pas d’attention. Fixant un point invisible sur le tableau d’oiseaux colorés accroché au mur, il a l’air d’une statue. C’est son mécanisme de défense quand il veut ignorer l’intimité qu’ils ont tissée au fil des douze derniers mois. 

Isabelle s’écarte. “Alors ça t’a plu ?… Le film, je veux dire.”

“C’était sympa.”

“Sympa? Juste sympa ?”

“Je préfère Rue Case-Nègre. Le message est plus fort.”

“Tu vois ? C’est pour ça que je veux devenir actrice. Nos histoires ne se limitent pas à l’esclavage et à ses conséquences. Je veux montrer qu’on peut être plus que nos circonstances.” Le sourire d’Antoine lui fait oublier le reste de sa tirade. Elle s’éclaircit la voix, embarrassée de s’être emportée. “Bref, donc on a regardé un film de chez moi, maintenant on regarde un film de chez toi.”

“Pas la peine,” dit-il avant de se lever du canapé deux-places. “Je vais voir où en est la soupe. Elle devrait être bientôt prête.”

Peut-être a-t-elle mal interprété les sourires réconfortants d’Antoine quand elle lui raconte ses péripéties avec l’administration américaine qui refuse de lui renouveler son visa étudiant ? Peut-être a-t-elle imaginé la douceur de ses paroles d’encouragement murmurées en créole quand elle a le mal du pays et qu’il l’enlace si fort que la tristesse d’Isabelle met une semaine avant de réapparaître ? 

“Alors ? Qu’est-ce que t’as choisi ?” demande-t-il en se rasseyant. 

Tant pis pour le film. Isabelle hésite puis laisse ses doigts danser sur la nuque d’Antoine. Il ferme les yeux et baisse la tête au bout de quelques secondes. Le discret soupir de plaisir qu’il laisse entendre l’encourage à poursuivre. A chaque aller-retour de sa main, la zone d’exploration augmente alors qu’elle reste attentive au moindre signe d’inconfort. Jamais il ne parle de sa vie amoureuse au point où elle s’est déjà demandé s’il en a une, aussi étonnant que cela puisse paraître pour un homme de son âge en pleine santé. Et ce ne sont pas les propositions qui manquent. Elle-même a déjà vu des femmes se jeter littéralement à son cou, mais il semble ne jamais donner suite à leurs avances. Derrière les taquineries de grand frère ou les conseils de son guide de survie d’un Caribéen à New-York, se cache l’absence de sa famille qui pèse sur ses épaules. Si seulement il voulait bien lui ouvrir la porte de sa solitude pour lui donner une chance…  

La légère repousse des cheveux crépus d’Antoine lui chatouille la paume de la main et elle se rapproche à nouveau quand il lui caresse le genou. Sa barbe de 3 jours lui picote les lèvres quand elle pose un tendre bisou sur sa joue. Il le lui rend avec un sourire intrigué. Le regard accroché au sien, elle glisse la main sur son torse mais un nouveau frisson l’arrête. Va-t-elle trop loin ?

La question danse entre eux au rythme de plus en plus saccadé de leur respiration. Antoine l’attire et la garde contre lui. L’étreinte se resserre quand Isabelle se met à lui caresser le bras tout en repartant à l’exploration de son cou avec sa bouche. La ligne de bisous légers comme un papillon remonte le long de sa mâchoire jusqu’au coin de ses lèvres. Isabelle ne peut retenir un petit cri de surprise quand il l’assoit à califourchon sur lui dans un mouvement fluide. L’éclat de rire d’Isabelle s’éteint sous l’intensité du regard d’Antoine qui a l’air en proie à un dilemme. Il tire sur une longue mèche bouclée de son afro puis sourit. 

“Qu’est-ce que tu attends ?” murmure-t-il, sa voix rauque vibrante de désir.

Alors Isabelle se penche et baisse le col du t-shirt d’Antoine suffisamment pour avoir accès à la partie supérieure de son épaule. Elle sourit au frémissement du muscle trapèze d’Antoine sous le bout de sa langue qu’elle remonte le long de son cou. Elle s’immobilise quand la main d’Antoine glisse sous son sweat à capuche XL.

“Je veux juste sentir ta peau,” explique-t-il comme s’il a entendu la question.

Le sweat atterrit sans faire de bruit à l’autre bout de la pièce. Isabelle laisse Antoine admirer son décolleté que souligne son débardeur moulant rouge. Il retient brièvement sa respiration alors qu’elle lui effleure la mâchoire du bout des doigts avant de répondre à la tentation. Le premier contact de leurs bouches allume une étincelle qui la fait se redresser mais Antoine l’attrape par la nuque et pose son front contre le sien. Isabelle ferme les yeux, écoutant leurs souffles chauds s’accorder progressivement. Leurs bouches se cherchent lentement, chacun prenant le temps de savourer l’autre. Répondant à un même signal, leurs langues se touchent puis se rétractent comme les feuilles d’une mamzelle marie. Le temps d’échanger un sourire dénué de toute gêne, et leurs langues s’entremêlent à nouveau, s’attisent dans un quadrille endiablé de sensations que le minuteur de cuisine interrompt brutalement.

3 thoughts on “#defiEcritureSexy – Jour 2

  1. J’aime beaucoup l’univers que tu nous proposes. Il est plein de promesses. Côté baiser, il fonctionne très bien, avec les petits détails qui vont bien pour nous plonger dans une ambiance érotique soft. Cela fonctionne d’autant mieux, je pense, grâce au contexte que tu nous as offert 💖💖💖

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    1. Erotique soft ! C’était ce que je visais ! Merci beaucoup de l’avoir souligné ♥♥♥
      Ah et par rapport à l’univers, j’ajoute que ce ne sont pas mes personnages. Je ne crois même pas que le ship soit canon, mais on est là pour se faire plaisir et laisser libre cours à notre imagination, n’est-ce pas ?

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