Conversation MwenMeMoi

Quoi de mieux que de commencer l’année avec une petite introspection ?

Aujourd’hui, je veux prendre le temps d’écrire la suite de ma conversation MwenMeMoi sur mon odyssée capillaire. Précédemment sur ces 10 dernières années… cliquez ici.

Nous nous étions quittés en 2016 sur moi avec un afropuff, ma mère acceptant à contre-cœur, ma sœur aux cheveux défrisés. Au cours de ces 3 ans, j’ai recoupé mes cheveux très courts parce que l’afropuff quotidien pendant 9 mois m’avait créé des trous sur ma ligne de cheveux. Pendant l’année 2017-2018, j’ai donc bossé 10 mois avec un afro court. Et quand mes cheveux sont devenus “longs”(fin été 2018), ma mère a de nouveau voulu les tresser. J’ai donc passé une année en tresses, mes cheveux l’ont bien vécu, mais je me suis retrouvée avec le même problème. Le seul et l’unique, celui à la base de tous les discours sur le cheveu crépu : comment entretenir mes cheveux…

Lors de mon précédent big chop, la coiffeuse m’avait donné des conseils. J’avais continué à regarder des tutoriels sur la question. Ce qui fait que j’ai passé environ 6 semaines de l’été 2019 l’année dernière avec mon afro. J’ai cherché une routine capillaire et bilan… ah, je vais trop vite. Avant le bilan, parlons des tests. Trois sorties avec mon afro UN PEU volumineux.

1ère sortie, je croise une personne de mon quartier qui ne me reconnaît qu’au dernier moment. Elle s’excuse en souriant en me disant : “je n’étais pas sûre avec…”
Et elle fait un mouvement circulaire autour de sa tête pour mimer mon afro.
Je souris : mes cheveux ?
Elle: oui, ça change.

Je lui demande des nouvelles de la famille et lui souhaite de bonnes vacances. Après avoir passé une journée de canicule à Paris mais avec un afro qui me convenait, cette rencontre m’a posé question : comment réagirais-je face aux remarques dans mon milieu pro ? Pas aussi mal qu’il y a un an, je pense, mais pas aussi bien que j’aurais aimé. L’attitude de cette personne m’a fait me sentir mal pendant quelques secondes. Quelques secondes de trop à mon goût. Comme si j’avais besoin de la validation de cette personne tout en sachant objectivement que je n’en avais pas besoin… Ze paradoxe.

Une deuxième rencontre s’est produite dans le métro. Mes écouteurs aux oreilles, je suis dans ma bulle. Je lève la tête et croise le regard d’une femme noire dans la cinquantaine qui se prépare à descendre. Elle me fait un grand sourire, pointe vers mes cheveux et met le pouce en l’air. Je lui réponds par un sourire et un hochement de tête. Ce jour-là, j’avais quitté chez moi désemparée à cause de mon afro qui ne ressemblait pas à l’image que j’avais en tête. Il a suffit de la validation silencieuse d’une inconnue pour me rebooster. Comme si j’avais besoin de la validation de cette personne tout en sachant objectivement que je n’en avais pas besoin… Ze paradoxe.

La 3ème rencontre s’est faite en deux temps un samedi matin. Je pars faire mes courses. Mes cheveux ayant été coopératifs, je suis contente de mon afro. À l’aller, je croise une femme accompagnée d’un couple et d’un garçon d’une dizaine d’années. Tous habillés comme pour aller à la messe. Je trouve d’ailleurs que la femme a une jolie robe. Ils sont sur le trottoir opposé donc aucun contact possible. Une heure plus tard, me voilà sur le chemin du retour priant pour qu’il ne pleuve pas parce que mon parapluie est en bout de vie. Je croise alors les mêmes personnes mais sur mon trottoir. La femme ferme la marche. Je m’écarte un peu parce que mon sac de courses est bien rempli. Elle me dit sans s’arrêter “très jolis vos cheveux”. Je bugge. Je me demande si c’est à moi qu’elle s’adresse. Elle me flashe un grand sourire que je retourne en disant merci. Tout va tellement vite que je n’ai pas le réflexe de lui rendre le compliment. L’instant se rejoue dans ma tête jusqu’à ce que je rentre chez moi. Et il me réchauffe toujours le cœur quand j’y repense. Comme si j’avais besoin de la validation de cette personne tout en sachant objectivement que je n’en avais pas besoin… Ze paradoxe.

Au cours de l’été 2019, j’ai donc été confrontée au regard des autres. Et l’expérience a été plus positive que je pensais mais je suis restée dans une zone de sécurité. Le véritable défi est d’affronter son entourage proche, son entourage professionnel. Je n’arrive pas encore à le faire parce que je ne me reconnais pas avec mes cheveux. C’est ma conclusion au bout de ces six derniers mois d’interrogation sur ce paradoxe. J’ai essayé de me faire des selfies avec mon afro à divers moments de l’année. Et à chaque fois, j’étais contente. Et là, des remarques aussi anodines que “tu vas t’attacher les cheveux ?” ou “tu laisses tes cheveux comme ça ?” étaient suffisantes pour me replonger dans le doute pendant des heures voire des jours. Parce qu’il ne s’agit plus du débat cheveux naturels vs. cheveux défrisés. Désormais, je suis dans la phase “quelle coiffure est acceptable quand on a des cheveux crépus ?”
Actuellement, je ne me sens pas à l’aise avec les cheveux tirés parce que je le ressens comme une contrainte extérieure. S’attacher les cheveux de temps en temps, pourquoi pas ? Mais en quoi des cheveux crépus libres rendraient moche la personne qui les porte ? En quoi des cheveux crépus libres signifient négligence de soi ? Pourquoi n’ai-je pas le droit d’avoir les cheveux libres ?

Trouver ma routine capillaire faisait partie de mes objectifs 2019. Je l’ai atteint. J’ai évalué le temps nécessaire pour obtenir le rendu qui me satisfait. 2 heures le soir et 30 minutes le matin pour mon afro idéal. 2h30 à manipuler mes cheveux… Je pense que c’est un  temps raisonnable dans l’absolu. Mais je vois encore trop l’entretien de mes cheveux comme chronophage pour me résoudre à le faire quotidiennement. Et c’est sur ma perception que je veux travailler cette décennie. Résoudre ce paradoxe de validation sera un de mes défis de la décennie.

Me regarder dans un miroir, accepter mes cheveux tels qu’ils sont et ne pas me désespérer quand ils ne correspondent pas à l’idéal de l’afro volumineux à la circonférence régulière, avoir l’ assurance de mon choix face au regard dubitatif de la société, voilà ce que je me souhaite pour 2020.


PS: au fait, ma mère et ma soeur ne se défrisent plus les cheveux… Chacune a une texture différente. Un jour, nous aurons peut-être cette discussion sur notre rapport à nos cheveux.