#OMAF2019 – Mon expérience de l’Overtown Music and Arts Festival

J’ai déjà fait un (bref) recap Twitter de l’Overtown Music and Arts Festival, mais je voulais garder une trace un peu plus profonde de cette après-midi parce que je pense avoir vécu un moment important dans ma quête d’identité en ce 13 juillet 2019.

Overtown en quelques mots

Point névralgique de la culture noire et du Black entertainment du Sud des États-Unis jusque dans les années 60/70, Overtown est le quartier historique noir de Miami. Lancé en 2014, ce festival de musique et des arts sert justement à faire la promotion de cet espace en le replaçant dans une lumière positive. Dans une ambiance block party, le public peut assister à un concert avec des artistes R&B et gospel de qualité. Si la food court est incontournable, des stands en matière de prévention santé (notamment la lutte contre le VIH), d’inscription sur les listes électorales ou encore d’histoire noire donnent une approche éducative et pédagogique à cette initiative de divertissement pour toucher une population qui n’a pas forcément accès à ces informations.

Ce festival m’a fait réfléchir à différents aspects de mon identité de femme noire, de femme afrocaribéenne, de femme française dans ce monde. Comme il s’agissait de la 6ème édition, je vous propose mes 6 moments forts.

#1- Le réflexe universel quand des NoirEs se rassemblent

Ce festival n’était pas au programme de notre séjour à Miami. C’est uniquement parce que je follow Mario sur Instagram et qu’il fait bien son autopromo que j’ai cherché les informations pour y assister. Le seul obstacle était la localisation exacte puisque c’était sur un terrain entre deux rues du quartier d’Overtown. Grâce à Google Maps, j’ai compris comment m’y rendre, mais une fois sorties de la station de métro, où aller ? Well, on fait comme on fait partout. On suit les Noirs qui ont l’air de savoir où aller. Et effectivement notre guide involontaire a été un petit couple adorable qui était dans le même métro que nous. Je ne sais pas si quelqu’un ayant passé sa vie en tant que majorité visible peut comprendre cet élan de sympathie face à un visage noir inconnu quand on sait qu’on se prépare à vivre un bon moment ensemble sans se sentir “autre”. En tout cas, je savoure à chaque fois cet instant où je laisse de côté la carapace que la vie dans l’hexagone nous force à avoir.

#2- Mon histoire, c’est leur histoire. Leur histoire est mon histoire.

L’ouverture du festival étant annoncée pour 11h, nous sommes arrivées vers 11h30… Le concert ne commençant qu’à 13h30, nous avons eu le temps de voir les différents stands d’arts. Il faisait chaud et l’appel de la climatisation dans un petit immeuble a été irrésistible. En fait, ce “petit bâtiment” était The Historic Ward Rooming House où se tiennent actuellement les expositions de “The Art of a Caged Bird Singing: The Personal Art Collection of Maya Angelou” et “FrancoFiles: A Visual Exploration of the Negritude in New Orleans, Haiti, and Senegal”.

Voir ces deux expositions co-exister dans le même espace est, pour moi, l’expression symbolique des liens entre la Caraïbe, les États-Unis et l’Afrique. La nature multiple de ces liens la rend d’autant plus complexe et belle. Ce jour-là, j’ai vu la connexion de cultures acceptées dans leur diversité et célébrées sur un pied d’égalité.

#3- La culture afroaméricaine de ma jeunesse

J’ai grandi en regardant BET. Je suivais fidèlement les tendances musicales et chorégraphiques. Et d’une certaine façon, pendant les 5/6 ans où j’écoutais exclusivement de la k-pop, c’est la danse qui m’a permis de rester connectée à la culture US puisque les chorégraphies K-pop reprennent allègrement les pas US (on en parlera un jour, promis). Le wobble a plus de 10 ans et c’est la dernière danse familiale que j’avais apprise. Jamais eu l’occasion de la pratiquer. Pendant le warmup d’attente, le DJ a mis la chanson. Des gens se sont levés aux premières notes de l’intro, des petits groupes se sont formés. Avant même que mon cerveau enregistre, mon corps s’est mis à bouger. Et j’ai dansé toute la chanson avec eux… Je me revoyais devant ma TV reprenant le Cha-cha Slide, le chicken head, le crip walk etc… Les années ont passé, le corps était UN PEU rouillé, mais décuplée était la joie de danser avec des personnes qui ne me regardaient pas comme si je débarquais d’une autre planète.

#4- La patience respectueuse

Clairement, le mémo que le public avait reçu était d’arriver à 14h pour le concert. #onsesait Les stratégiques se sont positionnés sous les rares arbres offrant un coin d’ombre face à la scène. A noter qu’il y avait 2 écrans géants retransmettant les performances pour celles et ceux qui étaient dans les allées d’où on ne voyait pas la scène.

Nous avons donc pu nous installer tranquillement. Les gens sont venus en famille, se sont posés avec chaises pliantes et parasol. Vous croyez que les gens assis se plaignaient des gens se mettant debout juste devant eux ? Non. En tout cas pas autour de moi. Pas une fois. Moi-même j’ai eu l’occasion de bloquer la vue pour mieux voir la scène, je m’attendais à entendre des réflexions ou ne serait-ce qu’un tchip. Absolument rien. Les gens étaient d’une zenitude et d’une politesse que je n’avais jamais vues… Et quand le son a buggé pendant quinze minutes (on entendait à peine ce qui se disait sur scène), les gens ont attendu calmement. Pas de cri, pas de sifflement, pas de booouuh. Ça a calmé mon premier mouvement de mauvaise humeur (So French of me, I know, les râleurs number one, nous sommes) et j’ai applaudi comme tout le monde quand le son est revenu. Note pour moi-même : notre énergie est précieuse et il faut l’utiliser à bon escient.

#5- Les références musicales de mon adolescence

Des artistes débutants comme Félixx, Gia Wyre et Cedric Brazile ont ouvert le show et m’ont donné un aperçu du R&b à venir. Mais l’essentiel du concert était une ode à mon passé et mon présent.

Tito Puente, j’ai grandi en l’écoutant à la radio, dans les mariages, dans les baptêmes. Reprendre “Oyé Como Va” à mon âge en regardant son fils sur scène avait un parfum de nostalgie agréable. Fred Hammond et Yolanda Adams m’ont donné des flashbacks des heures de clips gospel sur BET le week-end quand j’étais au lycée. J’ai découvert avec enthousiasme la versatilité de Mélanie Fiona qui passe d’une vibe dancehall à une vibe soul en un quart de seconde. Pleasure P a fait disparaître mes a priori sur les Pretty Ricky de l’époque. J’ai eu des frissons en entendant les aigus de Chanté Moore en live. Mais pour Mario et Jagged Edge ? Mon moi de 30+ ans a enfin pu voir ces compositeurs de la bande-originale de la vie de mon moi de 16 ans qui, sur sa petite île de Guadeloupe, n’aurait jamais osé rêver les voir un jour. J’attends Mario à Paris maintenant. #isaidwhatisaid #lettheuniversegettowork

#6- Le Zouk deviendra la pop music du 21ème siècle

Moment de surprise agréable et moment de fierté quand la DJ de Jagged Edge a passé un extrait de “Zouk la sé sèl médikaman nou ni” de Kassav. Et oui, le public était réceptif. Et non, le public n’était pas en majorité haïtien. Donc quand je dis (et je sais que je ne suis pas la seule) que le zouk a le potentiel pour être une pop music internationale au 21ème siècle, ce ne sont pas des paroles en l’air. D’ailleurs si vous n’avez pas encore écouté le hors-série #1 de Karukerament consacré au Zouk, il est encore temps de vous rattraper. Le processus pour que ce genre musical devienne mainstream est en marche. Aux artistes guadeloupéens et martiniquais de capitaliser sur l’héritage de Kassav.

Tu peux quitter la Caraïbe, mais la Caraïbe ne te quitte pas.

J’ai passé ce 13 juillet 2019 avec des inconnus avec lesquels je partage un passé en besoin de reconnaissance, un présent en besoin d’écriture et un futur en construction. J’étais entourée de gens qui m’ont fait me sentir chez moi, ne serait-ce que par un sourire bienveillant.

D’ailleurs, je remercie le vendeur de Jackson Bros Icecream qui nous a suggéré de venir manger dans leur restaurant. C’est un établissement au cœur du quartier en priorité pour ses habitants, surtout les jeunes. L’emplacement dans un complexe sportif prouve qu’il n’y a pas de volonté touristique (peut-être dans quelques années, qui sait ?) donc je pense que l’invitation était vraiment faite avec sincérité et avec la fierté de montrer le positif que le quartier a à offrir. Et en toute franchise, sans vouloir la jouer Bisounours tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-est-gentil, je me suis sentie en sécurité alors qu’Overtown n’est pas en tête de la brochure touristique de rêve Miami. #ONSESAIT. J’ai ressenti de la nostalgie, de la sérénité et cette fierté d’appartenir à une communauté qui efface les logiques géographiques et dépasse les barrières historiques.