CDTEC #1 – Quand un petit inconnu vous donne la force…

Si lointaine me paraît l’époque où je passais 3 à 4 heures quotidiennement dans les transports… Je garde le souvenir de la fatigue et de la frustration provoquées par les retards à répétition, le froid ou la promiscuité des heures de pointe. Mais il y a aussi ces rencontres qui m’ont fait sourire, rire, réfléchir. Ce sont ces fragments de vie que je souhaite partager dans mes chroniques de transports en commun.

CDTEC #1 – dans le RER

Je ne sais plus si j’étais dans mon cursus histoire ou dans mon cursus coréen. C’est peut-être arrivé à l’époque de transition. Peu importe, cette anecdote remonte à une dizaine d’années au moins. Je suis en pleine redécouverte des joies d’être une fangirl. Ecouter de la musique, échanger avec une communauté et écrire des fanfictions. Qui dit écriture dit cahier à idées prêt à être dégainé en toute circonstance. Pendant un cours ennuyeux, pendant une séance de travail à la B.U, pendant la pause déjeuner… Ma fanfiction mashup avec BIGBANG x Wonder Girls x Se7en x BoA x 1TYM x Vanness Wu le vaut bien.

Nous sommes un mercredi matin. Je n’ai pas cours l’après-midi, donc je pourrai prendre le train de midi et rentrer chez moi pour 14h avec un peu de chance. N’ayant pas envie de patienter à Gare du Nord dans le froid, je décide de faire un long détour en prenant le RER C pour aller à BNF et ensuite prendre la 14 puis la 4… Installée confortablement dans le RER, je me mets à écrire dans mon cahier. Des enfants montent à Gare d’Austerlitz. Pas plus de 11/12 ans. C’est une classe en sortie et ils se répartissent où ils peuvent dans la rame. Trois garçons s’assoient face à moi. Je les entends chuchoter, se pousser du bras. Je trouve leur manège bizarre. Sachant que mes cheveux sont en déperdition, je pense qu’ils se moquent de moi et je remets mon bonnet. On arrive bientôt à BNF. Ils se lèvent en me fixant, toujours en se poussant mutuellement. L’un d’entre eux finit par me tendre son petit carnet ouvert en me disant “je peux avoir un autographe?”. Evidemment, je bug.

Moi: euuuh tu dois me confondre avec quelqu’un d’autre.
Lui: mais vous êtes en train d’écrire.
Moi: oui mais je ne suis pas célèbre.
Lui: c’est pas grave. Vous allez le devenir et je pourrai dire que j’ai votre autographe.

La prof les appelle parce qu’on arrive à quai. Les copains se tournent déjà quand le petit me dit un “s’il vous plaît” avec un regard tellement suppliant que je fais un gribouillis sur sa page en me demandant si je suis dans un univers parallèle. Un de ses copains me donne aussi son carnet à signer avant de rejoindre la classe. Pendant qu’ils s’éloignent, je les entends échanger avec enthousiasme “je t’avais bien dit que c’était un écrivain!” “nah mais elle doit écrire des paroles!” “waaa elle m’a signé un autographe”.

Ce n’est que lorsque le RER se remet en marche que je me rends compte que je devais descendre moi aussi. Tant pis. La scène surréaliste qui vient de se produire est en repeat dans mon esprit jusqu’à ce que j’arrive à la Tour Eiffel. Un sentiment de honte entre en conflit avec un sentiment de panique.

Honte parce que j’ai l’impression d’avoir menti volontairement à ce petit inconnu. Je bossais sur une fanfiction, pas sur un futur chef-d’oeuvre de la littérature française. Let’s keep it real.

Panique parce que ces quelques secondes ont réveillé les aspirations secrètes de celle qui n’était que Baby Sunny. Créer mon univers, développer mes personnages à moi… Non, je ne m’en sens capable.

Je fais la correspondance à Tour Eiffel et remets le cap sur Gare du Nord. Une fois posée dans le train pour rentrer chez moi, j’ouvre mon cahier et je note la date. Un jour, peut-être, ce mensonge deviendra réalité. Un jour, peut-être, je pourrai dire “oui j’écris” et ce sera la vérité.

Aujourd’hui, ce cahier est perdu. Je n’arrive toujours pas à me présenter en tant qu’auteure, MAIS Baby Sunny est devenue Mrs. Sunny qui a réussi à créer une fiction avec des personnages 100% originaux. Si j’ai pu le faire une fois, je pourrai le refaire. Peu importe le temps que cela me prendra, je ne m’interdis plus d’y croire.

PS: la fanfiction mashup a servi de base pour une fiction contemporaine en cours d’écriture.