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Conversation Mwen/Me/Moi

Cela fait longtemps que cette ébauche d’articles traîne dans mon tableau de bord WordPress. Depuis plus d’un an et demi pour être exacte, sans l’être. Je pense avoir ENFIN retrouvé le goût à la lecture et l’envie de partager est plus que présente. Je vais continuer à écrire des reviews de livres, donc il est nécessaire que j’explique mon état d’esprit de lectrice que je mettrai désormais en disclaimer dans ces articles pour ne pas avoir à répéter les précautions d’usage. Et comme j’apprends à m’auto-hyper, j’ai décidé de faire ce disclaimer en discussion avec moi-même :

Le miroir en pied trône au centre de la pièce plongée dans une semi-obscurité. Stop. Pourquoi l’ambiance glauque ? On pense positif, on crée une vibe positive.

Les rayons du soleil couchant illuminent une partie de la véranda donnant sur la plage. Installée dans un coin à l’ombre, je me balance légèrement sur un hamac. Le chant des alizés dans les feuilles de cocotiers se mêle au murmure lointain des vagues. A ma droite, l’océan où disparaît le soleil. A ma gauche, un miroir en pied d’où je vois mon reflet M.

“Tu n’as pas l’air prête à avoir une discussion sérieuse,” déclare M quand je reprends mon balancement.

“Bien sûr que si,” dis-je avec un petit soupir. Je finis de siroter mon jus de maracudja. Histoire de me donner le courage de révéler mes pensées les plus profondes. Trop dramatique? Okay. On change. Histoire de me donner le courage d’être sincère et d’assumer tout ce que j’écrirai.

Je ne croise pas le regard de mon reflet alors que je dépose le verre sur le rebord de la balustrade en pierre de la véranda. Une fois que le hamac s’est immobilisé, je ferme les yeux et expire. “Envoie les questions.”

“Pourquoi écris-tu des reviews littéraires ?”

“Parce que j’ai une opinion, que j’aime la partager mais je n’ai jamais eu d’ami.e.s pour en discuter dans la vraie vie. Avant l’ouverture du blog, je me demandais même si je serais capable de tenir une conversation IRL sur un roman tellement je n’ai pas l’habitude de m’exprimer oralement sur ces sujets. Aujourd’hui, je peux dire que j’en suis capable. C’est un peu compliqué parce que timidité, esprit trop complexe etc etc. Mais je sais que j’en suis capable.”

“Awww, ta réponse est trop mignonne,” commente M avec un ton sarcastique. “Sérieusement. Pourquoi écris-tu des reviews littéraires ?”

La sincérité et la franchise méritent bien quelques minutes de réflexion. “Parce que j’ai envie de lire plus, mais je veux que mes lectures soient utiles,” dis-je calmement en ouvrant les yeux. “J’ai envie de partager et créer du lien avec d’autres lecteurs et lectrices. Comme j’ai des goûts spécifiques mais éclectiques, j’ai la conviction que myinsaeng offrira à terme un catalogue de reviews unique qui servira à faire découvrir des auteurs.”

“Qu’entends-tu par “goûts spécifiques mais éclectiques”?”

“Quand je dis spécifique, c’est dans le sens où je choisis volontairement mes lectures par rapport au degré de mélanine des auteurs et des personnages. Et j’accorde évidemment une place particulière à la littérature caribéenne dont je connaissais la richesse sans savoir concrètement ce qu’elle était. Je suis en train de la découvrir et si cela peut permettre à d’autres de faire ce formidable voyage avec moi, c’est encore mieux.”

“Je vois, mais alors dans ce cas, en quoi es-tu éclectique?”

“Mon thème de prédilection est la romance. J’adore les histoires d’amour, mais celles qui défendent vraiment le concept d’amour comme acceptation de l’autre, acceptation de soi. Pas celles qui font la publicité de relations toxiques.”

Mon reflet tousse et sourit. “Nous nous garderons de donner des exemples.”

“En tout cas, mes goûts évoluent au fur et à mesure que je vieillis. Je suis passée de la romance Coeur grenadine (#jugezmoi) à la romance de lycée/fac. Et désormais je suis intéressée par les romances de la seconde voire troisième vie c’est-à-dire des intrigues autour des trentenaires, des familles recomposées.”

“Je ne vois pas en quoi c’est éclectique si tu restes toujours dans le même registre.”

“Il fallait que je contextualise d’abord, mais j’y viens. Il y a encore un an, je clamais haut et fort que je ne comprenais rien à la science-fiction. Pourtant, ma première histoire publiée a été un oneshot dystopique (je ne connaissais même pas l’existence du mot quand je l’ai vu utilisé pour décrire mon histoire). De là, j’ai fait des recherches sur la sci-fi. Quand on m’a parlé afrofuturisme, j’étais déjà plus intéressée mais toujours perdue dans les exemples exclusivement occidentaux blancs, africains ou afroaméricains. Puis j’ai vu le court-métrage Trafik d’info de Janluk Stanislas, ce qui m’a aidé à visualiser le potentiel du storytelling made in Caraïbes. Il y a aussi Khris Burton qui travaille dans cet univers fantastique/sci-fi. Malheureusement, ses oeuvres ne sont pas encore distribuées dans le circuit mainstream donc je n’ai pu voir que des extraits et lu/écoutés des reviews pour l’instant.”

“Attends. On parle littérature, tu me cites des réalisateurs.”

“Pour moi, un livre est une réussite si je vois le film dans ma tête. Pour faire court, disons que leurs images m’ont donné un aperçu de la puissance de la sci-fi que mon esprit réfractaire ne voyait pas dans les mots jusqu’à présent. Actuellement, j’attends avec impatience la suite de Dyablès de Timalo et j’ai quelques romans sci-fi sur ma liste à lire avant fin 2017. Tout ça pour dire que j’élargis constamment mes horizons.”

“Okay pour l’éclectisme, mais si tu reconnais être partiale dans le choix de tes lectures, on pourrait remettre en cause ton… objectivité dans tes reviews, non ? Et si tu critiques de façon négative, cela ne serait-il pas contradictoire avec ton envie de soutenir la littérature afro dans son ensemble?”

“Pour l’instant, je n’ai jamais renoncé à écrire une review parce que je n’ai pas aimé un livre. J’essaye toujours de trouver au moins un aspect positif à mettre en valeur. Ceci étant dit, je ne crois pas que soutenir la littérature afro doit se faire par des compliments aveugles. Je soutiens déjà en achetant les exemplaires que je lis. Ce que je dis ensuite est au même titre que ce que dirait n’importe quel lecteur qui recommanderait le roman à un proche. Il y a certaines choses que j’aime, d’autres que je n’aime pas. Chaque auteur ne peut pas satisfaire TOUT ce que JE recherche. C’est impossible. Quand je n’aime pas, j’argumente sur le pourquoi du comment. L’auteur n’est pas là pour me prouver que j’ai tort de ressentir ce que je ressens. Et ce que je n’aime pas peut précisément être ce qu’aime quelqu’un d’autre, so… En tout cas, je fais de mon mieux pour ne pas être dans la critique négative gratuite. Je ne dis rien que je ne serais pas capable d’encaisser moi-même.”

“C’est-à-dire ?”

“Une histoire pour moi repose sur deux facteurs : les personnages et la logique. Les personnages peuvent donner de la vie à une intrigue ennuyeuse, ils transcendent une intrigue intéressante. Je préfère l’écriture scénario, donc je n’ai pas d’exigence par rapport au style d’écriture, si ce n’est l’orthographe et la grammaire. Si le style de l’auteur (l’abondance d’adjectifs, d’adverbes, par exemple) m’a gêné dans ma lecture, je le dirai dans ma review, c’est sûr mais j’expliquerai pourquoi. En ce qui concerne le facteur logique, j’estime que l’auteur est mon guide dans les méandres de l’intrigue et je ne veux pas que les actions des personnages se produisent juste parce que. Il faut qu’il y ait une logique. Quand j’écris, le développement de personnages et la logique de l’intrigue sont primordiaux, donc c’est aussi ce que je recherche quand je lis.”

“Bon, j’allais dire que ta réponse restait encore dans le factuel et esquivait l’aspect personnel, mais tu as parlé un peu de toi à la fin. Donc quand tu dis “je ne dis rien que je ne serais pas capable d’encaisser moi-même”, cela veut dire que tu te définis comme une auteure et non comme une lectrice?”

“Disons plutôt que je ne dissocie pas ces deux identités parce qu’elles évoluent au fil du temps, s’influencent mutuellement. Il est vrai que j’écris depuis longtemps… Un peu plus de 20 ans. Mes propres histoires que personne n’a jamais lu et mes fanfictions que je mettais en ligne. Je n’ai donc jamais eu un public autre que celui de mes fanfictions en ligne. Et ayant évolué dans des fandoms avec des cultures différentes, des langues différentes, j’ai appris à me connaître moi en tant que lectrice mais surtout tant qu’auteure.  Ce n’est pas parce que c’était de la fanfiction que ne s’appliquait pas le baduism “don’t forget I’m an artist and I’m sensitive about my sh!t.” Il m’a fallu plusieurs années pour vaincre la peur de ne recevoir aucun commentaire, la peur de “mal écrire”, l’angoisse de ne pas m’améliorer. Je sais aussi qu’un seul commentaire négatif peut balayer 100 commentaires positifs. Ainsi est l’être humain. C’est cliché à dire, mais la passion de l’écriture fait souffrir et c’est pour cela que la satisfaction est d’autant plus douce quand on produit quelque chose qui nous plaît, qui plaît aux autres. Ecrire des fanfictions m’a fait comprendre qu’il est difficile de combiner les deux et se plaire à soi est en fait plus difficile que de plaire aux autres. Que mes fictions originales trouvent un public, ce serait génial, mais ma vie ne s’arrête pas si ce n’est pas le cas. Je survis bien au fait de ne pas être adulée de tous. Je ne dis pas que gérer l’indifférence ou les critiques négatives est facile, mais il n’y a pas de quoi se torturer l’esprit indéfiniment non plus. Je crois que le cas le plus grave est de se servir de cette indifférence ou de ces critiques négatives comme excuse pour ne pas créer. Les autres ne sont pas responsables de ma satisfaction en tant qu’auteure. En tant que lectrice, je ne me sens donc pas responsable des sentiments des auteurs qui ont écrit les romans dont je fais une review. Si l’auteur n’a pas réussi à déclencher MON enthousiasme, ce n’est pas grave. Je respecte toujours la dépense d’énergie qu’ils déploient pour créer et le courage nécessaire qu’ils ont pour soumettre leurs créations aux jugements des autres. Je n’écris que ce que je pourrais leur dire de façon franche s’ils m’étaient donnés l’opportunité de les rencontrer.”

M reste songeuse alors que je fais repartir le balancement du hamac.

“Pourquoi écris-tu des reviews littéraires ? C’est la dernière fois que je te pose la question et je veux une réponse sincère et franche. Je veux une réponse non-dictée par ton esprit formaté par des années d’études.”

Les dernières lueurs orangées meurent dans le ciel étoilé quand je reprends la parole.

“Peut-être que j’ai peur d’oublier qui je suis. J’ai vu la mort. Cela m’a fait prendre conscience du temps qui passe, de la vitesse à laquelle les choses changent. Les moments d’évasion que la lecture m’offre sont des souvenirs dont je veux garder une trace. J’espère relire mes reviews dans une vingtaine, une trentaine d’années et me remémorer la frustration, l’amusement, la colère, l’agacement, l’enthousiasme, la joie, la passion que ces romans m’ont donnés… Tout ces sentiments qui me rappellent que j’existe et que je suis en vie.”

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